C’en est trope

Voyage en pays cauchois

Jean-Baptiste Kiya / 3 août 2017

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La Gazette du patrimoine cauchois n°49 – 1er semestre 2017 (adhésion : Mme Michelle Gilles – 59, rue Bellanger – 76190 Yvetot). 6 euros le numéro.

Au départ, une association : le Cercle d’Étude du Patrimoine Cauchois, qui cumule 34 années d’existence, portée par des projets culturels - réunions, sorties annuelles, conférences historiques, journées littéraires-, activités ponctuées par la parution chaque semestre d’une plaquette d’une trentaine de pages, « La Gazette du patrimoine cauchois ». Au sommaire : nouvelle, présentation de recherches historiques, extraits d’archives, portraits d’artistes du passé, notes de lecture, compte rendus d’activités, jusqu’à la recette culinaire du terroir.

Édition soignée, papier glacé, la Gazette s’ouvre sur un conte de belle facture, « Le Bal des Fous » d’Henriette Bezançon, auteure de « Bas-Bleu », un roman de 1897 : un récit, qui se retourne, d’un roitelet contrefait humiliée par sa suzeraine, annonciateur d’une longue étude portant sur le petit Royaume d’Yvetot, en pays de Caux.

Camille III d’Albon, prince d’Yvetot de 1772 à 1789, rapporte la chroniqueuse Françoise Blondel, avait des dispositions pour les Lettres, il fut l’auteur d’un « Discours sur l’histoire, le gouvernement, les usages, la littérature et les arts de plusieurs nations d’Europe » par lequel il s’insurge, baigné de l’esprit des Lumières, contre l’esclavage, 12 ans avant la première suppression du décret de la Convention du 16 pluviôse de l’An II (4 février 1794). « De quel droit, déclarait-il, avons-nous d’enchaîner des Africains et de les asservir aux plus rudes travaux pour nous enrichir ? » À l’évocation des colonies anglaises, l’auteur se récrie encore : « Puisqu’ils se vantent de connaître si bien les Droits de l’homme, devraient-ils jamais oublier que l’homme est toujours homme et qu’on ne peut l’avilir, le maltraiter sans crime ? »

Dans la rubrique « Mélanges historiques » se trouve la 1ère partie d’une étude d’une dizaine de pages sur 2 colonnes, dont l’auteur est le même que pour cette rubrique, consacrée aux « Autoportraits de Charles ANGRAND (1854-1926) Aspects des expressions du soi », enrichi de 7 illustrations.

Pour vous donner l’envie d’aller plus loin, en voici l’introduction :

« La question de l’autoportrait se pose avec d’avec d’autant plus d’acuité dans l’œuvre de Charles Angrand que celui-ci était un des membres les plus discrets du mouvement néo-impressionniste.

Au terme de 15 ans de vie parisienne, de 1882 à 1896, ayant côtoyé toutes les avant-gardes des Incohérents, le Chat Noir, les Indépendants, le néo-impressionnisme…), ayant fréquenté tout ce qui comptait de l’avant-scène artistique (van Gogh, Seurat, Signac…), le peintre se retire à Saint-Laurent-en-Caux, une localité de 890 habitants, il y reste 17 ans, avant de finir sa vie à Rouen.

À ce premier paradoxe, il convient d’en ajouter un second : Angrand a été de tous les ‘néos’ celui qui pratiqua avec le plus de constance l’autoportrait, à tel point qu’il fait figure de novateur dans un genre pourtant très représenté (van Gogh, ou Egon Schiele pour les contemporains), bien que ce trait saillant, ou plutôt ce point gravitationnel de l’œuvre n’ait été relevé par aucune critique à ce jour »…

La sortie du bulletin du Cercle fut couverte par le journal Paris-Normandie (article sur le net) en des termes qui m’autorisait à répondre par un courrier du 23 juillet. L’étude avait-elle froissé quelques notabilités locales ? Toujours est-il que mes remarques n’ont donné lieu à aucune mise à jour. Dont acte, ci-dessous le contenu :

« Rédaction du journal Paris–Normandie. Objet : Droit de réponse. Monsieur le Rédacteur en chef,

Un ami a récemment attiré mon attention sur un article publié par vos soins sur le site Paris-Normandie.fr. Il s’agit d’un entrefilet, si je puis dire, daté du 18 juillet 2017, ayant pour titre « Yvtetot [sic !] : La Gazette du Centre d’études du patrimoine cauchois est en vente ».

Votre journaliste y a la bonté d’évoquer l’article de la Gazette, « Les Autoportraits de Charles Angrand (1854-1926), aspects des expressions du soi » dont je suis l’auteur.

Votre rédacteur indique : « Cet artiste original [sic] s’était spécialisé [re-sic] dans les autoportraits réalisés au crayon, au fusain voire à la trace de fumée [re-re-sic] ».

Permettez-moi de vous dire qu’il est rare de lire autant d’étrangetés en une seule phrase. Auriez-vous l’obligeance, je vous prie, de me renseigner car j’ignore de qui ce journaliste se moque… Sans doute était-il fait allusion au 2e point du 1er volet de l’étude intitulé : « La trace de la fumée (autoportraits à la cigarette) », formulation aussitôt explicitée : « Trois autoportraits au sens strict, deux travaux importants et une esquisse se font écho, espacés d’une dizaine d’années, ils convergent tous trois sur quelques invariants : l’artiste s’y représente de buste, de trois-quart, et fumant ». Sur cet ultime aspect se construisait le développement.

Nulle part, il n’était fait mention comme semble le croire votre rédacteur que Charles Angrand réalisait des autoportraits « à la trace de fumée ». Si votre distingué journaliste avait toutefois quelques informations à me transmettre à ce titre, je ne manquerais pas de les évaluer. Mais s’il avait cru, par aventure, que j’avais avancé cela, il pourrait fructueusement renouer avec ses études, revoir le chapitre des tropes, le sens figuré, tout particulièrement la métaphore in absentia, et de manière idoine repotasser la fonction poétique de ladite métaphore.

Sachez, Monsieur, que je n’ai point besoin de ce genre de notoriété, mon travail de chroniqueur littéraire et de feuilletonniste me suffit amplement. Je préfère de loin votre silence à ce genre de remarque extrapolative.

Naturellement, je ne mets aucunement en doute les capacités de synthèse du rédacteur, je suppose simplement qu’il peut les employer à meilleur escient.

Je vous prie, Monsieur le Rédacteur en chef, etc.

Jean-Baptiste Kiya. »