Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (11)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 16 août 2016

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- C’est le Penseur qui se fourvoie. Les mouettes sont ses idées qui lui dévorent la cervelle. Triste individu. 
- Vous avez une sacrée collection de bizarreries, ici. Et, eux, là, qui dansent ? »
Le garçon montrait sept oiseaux déplumés et mal en point qui piaillaient.
« Ils se disputent un cadavre. C’est la ronde des péchés capitaux, vois-tu ! 
- Ben… Et là, c’est quel vice ?
- Oh, celui-là, ce n’est pas un homme, c’est un diable qui se dévore par désoeuvrement. Ça arrive… Et nous aussi, nous arrivons : au Scriptorium. Je vous précède. »

Ils pénétrèrent dans un bâtiment de bric et de broc, tout de guingois qui n’offrait aucune ouverture sur l’extérieur, ni portes secondaires, ni fenêtres. Il faut dire que la vue environnante n’était guère plaisante. Et au-devant des marches qu’ils descendaient, Titivillus écartait la foule de petits diables qui se pressait pour l’accueillir, en jetant des : « Arrière, merdaille, valetaille, crapaudaille ! Du fumier, voilà ce que vous êtes, voilà ce que vous fûtes ! Retournez en fumier ! » Au sous-sol, il se dirigea vers une grande table carrée, encombrée de volumes et de poussière, il ouvrit un registre monumental dont il se mit à feuilleter les pages pour finir par les parcourir du doigt.

« Il n’y a pas grand-chose sur le registre…
- Regardez bien, insista Firmin.
- Merci, je vois bien, mais je n’y vois pas inscrit ton nom… Firmin… Firmin ?… Je me demande ce que vous faites-là », dit-il en se tournant vers le garçon et son chien.
Il parut réfléchir : « Vous ne seriez pas par hasard des espions de Dieu ?...
- Je suis sûr que vous avez mal regardé, fit Ti-Jean, qui sortait son jeu de cartes : mon péché, c’est le jeu, voyez-vous ! Une petite partie, ça vous tente ?
- Pourquoi jouer, puisque de toute façon je vais gagner ?…
- Vous n’êtes pas cap, vous avez peur de perdre… Voilà, j’ai trouvé : vous êtes un couard !
- Je suis à toi à l’instant… Chauffe-moi la place, freluquet ! »

Le démon arrêta du geste un diable messager : « Eh, toi, l’Idiot de Service, fais venir Sa Majesté, il y a un jeune intrus, accompagné d’un canidé renifleur, dont on ne sait que faire. (Puis, se retournant vers l’enfant, dit) C’est une idée, ça, jouer aux cartes… pour patienter. Et on va parier gros, comme ça, d’ici la venue de Satan, tu auras l’occasion de pécher bien grassement, et on saura à quelle sauce on te mijotera.

- Je bats les cartes, tu coupes, dit Firmin. 
- C’est ça. Je vais t’éclater ! »

Et la partie commença. Le garçon n’y connaissait pas grand-chose, au poker, les cartes bénies savaient pour lui. Il remporta la première manche. « La chance », se gaussa le démon, « la chance… Mais la chance, on sait ce que c’est : c’est comme le vent, ça tourne !… Une deuxième partie. Que veux-tu parier ?…

- Si je gagne, tu libères toutes les fautes de ces sacs-là.
- Comme tu veux. Ce sont des fautes d’élèves… Contre ton âme, dis-tu ? C’est d’accord. De toute façon, je vais t’écraser ! La pâtée, la pilée ! Tu vas pleurer ta mère ! »

Et la partie recommença…

Quand Grand Diab arriva, Titivillus était vert. Il avait perdu plus que de raison, ayant la rage de jouer.

« C’est toi, s’indigna le chef des Démons, poings sur les hanches, qui saute dans la bouche des gens, petite fripouille mauricienne ? (Il regardait Firmin). Et c’est à toi, ce clébard qui essaie de croquer les fesses de mes diables qu’il prend pour des poulets grillés ? »

Il tenait le canidé qui jappait entre ses deux griffes.

« Tourniquet, au pied ! »

Le Prince des Ténèbres se tourna vers Titivillus, petit démon de seconde zone, matricule 5840.

« Et puis c’est quoi, ce souk !? On m’apprend qu’il y a une foule d’anciens damnés devant les portes qui s’apprêtent à sortir, avec leur formulaire de rachat. TU ME RÉPONDS QUOI, À ÇA, FACE DE NAVET SCROFULEUX ???

(Suite au numéro de vendredi…)

Jean-Baptiste Kiya


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