Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (12)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 19 août 2016

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- Euh, ‘pitié’ ?, demanda lamentable le démon des copistes. Il m’a tenté, Maître, ce n’est pas de ma faute… Vous connaissez mes penchants, mon vice, il a parié, il a parié gros même. Mais même en trichant, il a tout ramassé…
- Combien ?
- Oh, une petite somme… Cent cinquante mille âmes damnées…
- TU APPELLES ÇA UNE PETITE SOMME ?, s’étranglait le Diable. Oh, le ramassis de salopaille, la raclure !…
- Que voulez-vous, sa Méchanceté Suprême, mon vice fut écrasé à plat de couture, il est plus fort. Prêtez-moi 150 sacs d’âmes, Ô Ma Grande Infection, et je me refais ! Je vous rendrai tout au centuple !
- Crevure, face de pet, voilà que tu parles comme la Bible ! Non mais, je vais t’embrocher les fesses, moi, tu ne perds rien !... Et quant à toi, jeune homme, je ne te félicite pas… J’ignore quels sont tes pouvoirs, mais les registres indiquent qu’on ne peut pas te garder, c’est bien dommage, tu m’aurais servi de balayette pour mes toilettes. Alors, DE-HORS !
- Non.
- COMMENT NON ?
- Pas avant d’avoir eu une réponse à ma question.
- ET PUIS QUOI ENCORE ?
- Rien que ça… »

Le démon frappa du pied, souffla.

« C’est quoi, ta question ?...

- Est-ce que mon père se trouve en enfer ?
(Une légère appréhension troublait sa voix.)

- Qu’est-ce que j’en sais, moi ? Il ressemble à quoi ton père ?

- Il a le front pensif de l’Africain,
La sagesse de l’Indien,
La poésie du Malgache,
Du panache,
Le sourire du Chinois,
De l’allant, de la foi,
L’œil brillant du Français :
Tout ça mélangé,
Et puis, et puis, il a un grain de beauté
Sur la joue
Qui danse quand il rit.
Son visage est un paysage fou.
Mon père est ainsi. »

- Pas vu, pas pris ! Il a de la chance, ton père, tout comme toi ! Allez, du vent ! Du balai ! Débarrassez-moi de vous ! ET METTEZ-MOI LA CHAUDIÈRE À FOND ! QUE ÇA SENTE FORT LA RÔTISSERIE, PAR LA PESTE BUBONIQUE ! »

De retour sur Terre, Firmin fut illico vomi avec son chien de la bouche de Grand Diab dans laquelle ils avaient bondi, ils rejoignirent Ti-Jean en courant.

« TOTOCHE !, s’écriait le cousin.
- Tiens, regarde ! »

Firmin montrait la clé de la maison qu’il avait dans sa main.

« Je l’ai récupérée en passant. Quel foutoir, le ventre de Grand Diab, tu n’as pas idée…
- Filons ! »

Ils renversèrent Grand Diab qui était encore tout flagada et nauséeux, n’eurent qu’à déverrouiller la porte pour s’échapper de la maison.

« Alors, ton père, tu sais où il est ? », lança Ti-Jean en détalant. La curiosité chez lui allait aussi vite que la course.

« Ni au Paradis, ni en Enfer…
- On n’a rien à faire là-bas ! Donc, sur Terre. Faut retrouver Grand-mère ! »

Ils couraient en direction du Grand Bois.

(Suite au numéro de mardi).

Jean-Baptiste Kiya


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