Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (4)

La Réunion

Jean-Baptiste Kiya / 22 juillet 2016

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À cheval sur le jouet, il se sentit si haut dans le ciel qu’il se cramponna très fort à l’armature. La peur de chuter se mua bientôt en une gigantesque sensation de glisse. Et, se sentant léger, d’une légèreté qui le faisait rire, il regarda la case s’éloigner sous lui. Et le vent qui le poussait toujours plus haut, plus loin, à la façon des accents aigus du mot « éloigné », semblait s’amuser de lui, le promener. Firmin découvrit devant lui la mer, vaste éventail bleu, pleine et tranquille. Il suffisait de se pencher un tant soit peu sur la gauche du cerf-volant pour obliquer sur la gauche, et sur la droite pour infléchir sa direction sur la droite, alors Firmin lança bien haut :

« Vent, tornade, ou blizzard,

Dis-moi, dis-moi, où

Est mon père,

Toi qui voit tout ?

- À quoi, à quoi ressemble ton père ?, lui répondaient les souffles tout autour.

- Il a le front pensif de l’Africain,

La sagesse de l’Indien,

La poésie du Malgache,

Du panache,

Le sourire du Chinois,

De l’allant, de la foi,

L’œil brillant du Français :

Tout ça mélangé,

Et puis, et puis, il a un grain de beauté

Sur la joue

Qui danse quand il rit.

Son visage est un paysage fou.

Mon père est ainsi. »

Pour seule réponse, le vent souffla plus fort, si fort qu’il entraîna le garçon plus loin au-dessus des flots, là où l’horizon tremble. Et Firmin chevauchait plus qu’un cerf-volant, il chevauchait une idée - un espoir fou.

(Suite avec le chapitre II au numéro de mardi).

Jean-Baptiste Kiya

À Anne-Gaëlle,
Il y a certains chemins qui ne sont pas sans épreuves.


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