Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (6)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 29 juillet 2016

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« Fité pointe ? En forme ? »

Firmin vit une main qui se déployait au-dessus de son visage, et un sourire tranche papaye.

« Bienvéni à Maurice ! La façon dont tu es arrivé, c’était décoiffant. »

Le garçon noir qui s’adressait à lui avait les cheveux en bataille, on aurait dit des flammes sur un morceau de charbon.

« Mais…, c’est cousin !, cousin Ti-Jean !, s’écria Firmin.

- Lui-même… »

Noir comme le cul d’une marmite, maigre comme une épine de raquette, et vif comme l’étincelle : ainsi le décrivent les contes, c’est comme ça qu’il était.

« Ça alors ! Ti-Jean ! Mon père m’a raconté toutes tes aventures. Pour ainsi dire je te connais comme ma poche…

- Elle a l’air trouée… », s’amusa le grand garçon.

Dans sa chute, les rochers avaient déchiré le pantalon de Firmin

Les garçons se mirent à rire.

« Quel bon vent t’amène ? » s’exclama Ti-Jean qui regardait au loin.

Les causes de son départ, la recherche de son père, attraper le vent, tout ça, Firmin le lui raconta, il lui dit qu’il cherchait à savoir où son père se trouvait.

« Attraper le vent par la queue ? » Ti-Jean parut réfléchir. Puis son visage s’éclaira : « Je sais ! Suis-moi… »

Firmin abandonna aux vagues les restes de son cerf-volant avant de s’enfoncer avec son cousin dans les terres.

Sur le chemin galets, les deux garçons causèrent.

« Figure-toi que ma grand-mère est un peu sorcière, lui dit Ti-Jean. Son derrière de jardin la case est enchanté, elle m’en a fait la surprise un jour. Elle est partie faire des courses, en me demandant, comme elle connaît mon appétit, de ne pas couper la citrouille.

- Alors ?

- Je l’ai coupée quand même, et je l’ai mise dans mon sac et le sac sur mon dos. Je voulais la faire cuire avec un cari tangue dans le bas de la ravine pour ne pas qu’elle m’attrape.

- Alors ?

- Alors, la citrouille s’est mise à enfler, à enfler, à enfler…

- Dans le sac ?

- Oui, dans le sac, et le sac sur mon dos ! Elle a gonflé tant et tant que devenant si lourde, je l’ai laissée en place. Et, je suis retourné à la case. Mais la citrouille, elle est sortie du sac et m’a poursuivi !

- Poursuivi ?

- Comme je te dis, en faisant des bonds derrière moi et en disant : ‘Tu m’as cueillie, tu me porteras ! Tu m’as cueillie, tu me porteras ! Tu m’as cueillie, tu me porteras !…’

- Totoche ! Comment ça s’est terminé ?

- La citrouille m’a poursuivi jusqu’à ce que grand-mère revienne.

- Elle a interrompu le charme ?

- Qu’est-ce qu’elle rigolait en me voyant comme ça tout essoufflé… Depuis je me méfie. Elle est un peu sorcière, la grand-mère, et son jardin assez spécial. Pour un peu, je le croirais enchanté. Avec ses zerbages et ses breuvages, elle, elle peut savoir où est ton père…

- Gaillard, ça ! », s’égaya Firmin, enthousiaste.

À un coude du chemin cheminant, à l’orée du bois, le grand cousin leva les yeux, et s’exclama :

« C’est quoi ça ?...

- Un chien dans un arbre…

- Et les chiens, ça monte aux arbres ?

- Les autres chiens, non, mais le mien, il fait des choses bien plus extraordinaires… Tourniquet, descends ! Tourniquet, au pied !

- Il n’a pas l’air de vouloir…

- Oui, c’est idiot, il n’est pas monté là haut tout seul, il n’en redescendra pas tout seul…

- Bon, j’y vais, fit Ti-Jean. Après tu me raconteras comment il a fait pour arriver là. »

Avec une vivacité peu commune, le Mauricien se mit à grimper dans l’arbre. Il mit le chien dans son bertèl et redescendit.

(Suite au numéro de mardi).

Jean-Baptiste Kiya


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