Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (7)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 2 août 2016

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C’était trois amis qui se retrouvaient devant la case de grand-mère.

En chemin, Ti-Jean, comme le lui avait demandé Firmin, lui avait raconté comment il avait trompé la Mort avec ses cartes à jouer que le bon Dieu avait bénies attendu que le garçon L’avait accueilli un soir de grand vent alors que tous lui avaient fermé la porte. À l’aide de son jeu béni, il l’avait remporté plusieurs fois sur la Mort, puis contre le diable qui dût l’expulser de l’Enfer. Et Ti-Jean lui raconta comment il avait été par la suite mis à la porte du Ciel par Dieu lui-même, ayant appris aux anges à jouer. De cette façon il était revenu dans ce monde, plus vivant même qu’il l’avait quitté. Firmin trouvait ça tout à fait épatant.

Et le temps de venir à bout de ce conte, ils s’étaient retrouvés devant la case de Grand-mère.

Une case très simple, sous tôle, au toit quatre pentes, à demi effacée sous un rempart de verdure qui débordait du portail.

Ti-Jean poussa le barreau, longea l’allée du jardin de couleurs, et toqua à la porte : « To-to-to !

- Ah, c’est toi, lança une voix aiguë, Ti-Jean, entre donc ! Mais tu ne viens pas seul, te voilà flanqué d’un camarade. Bienvéni mon garçon.

- Cousin Firmin, qui vient de La Réunion. Il cherche son père. Mais toi, grand-mère, tu peux l’aider ?

- Bien entendu, mon petit… Entrez donc. Donnez-vous la peine. Hum… Je vais préparer une bonne potion de devineur… »

La vieille les laissa entrer, referma soigneusement la porte, donna un tour de clé, et avala la clé. Les enfants étaient loin de penser qu’à la place de Grand-mère, c’était Grand Diable déguisé en mémé qui les avait accueillis. Et quand elle se mit à avancer, son ventre faisait gling-gling.

Ti-Jean se retourna sur le bruit de ferraille que faisaient les entrailles de sa Grand-mère, ça l’intriguait.

« Installez-vous par ici, mes petits chéris, je vais préparer la potion dans la grande marmite… Ha-ha-ha-ha… »

Elle décrocha du mur la plus grosse des marmites pour la poser sur l’âtre, c’était celle qui pouvait contenir un gros cochon ou encore deux enfants…

Elle mélangea les ingrédients, en fredonnant :

« Un cochon grillé
C’est bien fameux
Mais deux cochons grillés
C’est encore mieux… »

Coriandre, thym, serpolette, elle se mit à tout jeter dans la marmite bouillante, les bocaux d’épices, sans distinction, et la même chanson sautillante revenait.

« Un cochon grillé
C’est bien fameux
Mais deux cochons grillés
C’est encore mieux…
Porcelets chéris
Vous allez faire ‘cuits-cuits’ ».

Mais comme la Vieille se trémoussait, et que cela faisait un bruit de ferraille, Ti-Jean ne manqua pas de lui demander :

« Dis, Grand-mère, as-tu bien mangé ?

- J’ai quelques gaz, dit-elle. Trois fois rien.

- Dis, Grand-mère, pourquoi as-tu fermé la porte à clé ?

- Pour ne pas être dérangée, mon garçon.

- Dis, Grand-mère, pourquoi as-tu pris une si grosse marmite ?

- Pour avoir le plaisir de t’entendre, mon enfant… »

Et elle se remit à chanter :

« Un cochon grillé
C’est bien fameux
Mais deux cochons grillés
C’est encore mieux…
Porcelets chéris
Vous allez faire ‘cuits-cuits’ ».

(Suite au numéro de vendredi.)

Jean-Baptiste Kiya

En clin d’œil à Mme Pascale Siew.


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