Café Péi

Le petit garçon qui voulait attraper le vent (8)

Maurice

Jean-Baptiste Kiya / 5 août 2016

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Ti-Jean fit tomber un ustensile de la table, et feignant d’aller le ramasser, entraîna Firmin qui marqua son étonnement.

« Ce n’est pas Grand-mère, murmura le Grand Cousin à quatre pattes.

- Alors, c’est qui ? », rétorqua Firmin.

« J’ai mon idée. Viens ! », ils progressèrent sous la table pour se faufiler sous les jupons de la Grand-mère qui touillait dans la grande marmite et qui ne se rendit compte de rien.

« Ça sent mauvais, là-dessous ! », sussura Firmin qui se bouchait le nez.

Ti-Jean acquiesça et montra quelque chose à son cousin : c’était la queue du diable qui frémissait de contentement.

Quand la Grand-mère se retourna, elle chercha des yeux les enfants.

« Mais où sont-ils passés, ces malappris !...

- On est là, Grand-mère : sous ta jupe ! », cria Ti-Jean.

La Grand-mère plongea alors ses deux mains dans ses jupons, comme ça !

« Où êtes-vous, mes chéris ? Ah ! J’en tiens un ! », exulta-t-elle. Elle n’avait attrapé que sa queue, qu’elle tira de toutes ses forces, et manqua de tomber.

« CROTTE ! »

Ti-Jean et Firmin en étaient sortis, le Diable qui leur tournait le dos, penché, cherchant toujours dans ses dessous, leur montrait le derrière. D’un même mouvement, ils donnèrent un grand coup de pied dans le postérieur de Grand Diab, si bien qu’il bascula la tête la première dans le chaudron rempli d’une mixture bouillante et infâme.

Il en sortit prestement, la chaleur lui piquait la peau, il était furieux. Il bafouillait. « FOUTOUR… Oh, les petites crottouilles !... »

Les enfants et le chien-parapluie s’enfuirent dans la chambre de Grand-mère.

« Tu vas voir ! », murmura Firmin qui savait que Grand Diab avait peur de Grand-mère (au vrai, elle l’avait plus d’une fois changé en citrouille).

Dès que le démon déguisé en jupons déboula sur eux, Ti-Jean, la psyché bien en main (ce grand miroir que Grand-mère gardait de sa tendre jeunesse), la planta devant Grand Diab qui vit la Grand-mère de Ti-Jean foncer sur lui. Il poussa un cri d’effroi, fit demi tour, mais Firmin, qui dans le même temps s’était saisi des cartes à jouer de son cousin en lui murmurant : « Mon passeport pour l’au-delà », écarta le miroir, rappela Grand Diab. Celui-ci étonné se retourna, et que vit-il ? Il vit Firmin se précipiter sur lui à toute vitesse, suivi de son chien parapluie. Il n’eut que le temps d’ouvrir la bouche, de béer de surprise, et l’enfant et le chien sautèrent dedans. Avalés. Disparus dans le gros bidon de Grand Diable…

Ti-Jean lui-même en était tout baba. Ça alors, « sap dan karay tomb dan difé »…

Firmin et Tourniquet ne tardèrent pas à se retrouver en un lieu céleste, qu’on nomme le Paradis, jeu de cartes dans la main.

Les anges étaient tout contents de retrouver un jeu de cartes dont ils avaient appris les rudiments avec Ti-Jean. Ils n’avaient guère eu le temps de se distraire depuis le passage du petit Mauricien.

Firmin n’eut pas à les prier pour faire une petite partie de Poker, et même pour miser, ce qu’ils firent avec entrain. Tout se déroula bien, et même un peu mieux que bien, attendu que Firmin ramassait toute la mise, (il gagnait gros, très gros), lorsqu’il entendit une voix de stentor.

« Que fais-tu là, mon garçon ? »

Firmin se retourna et vit le Visage de Dieu.

« Ce chien, il est à toi ? »

Le Très-Haut tenait entre Ses deux doigts l’animal.

(Suite au numéro de mardi).

Jean-Baptiste Kiya

Remerciements Jean-Paul C.


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