Chronique de Raymond Mollard

Aux Molières du ridicule : Tartuffe à New York, Monsieur Jourdain à Saint-Denis…

Témoignages.re / 13 septembre 2011

Bien entendu, il faut condamner le terrorisme. Bien entendu, la mémoire des milliers de victimes des attentats du 11 septembre 2001 mérite d’être honorée. Bien entendu, nous ne devons jamais oublier.
Mais il y a la manière.
Et ce tsunami compassionnel de larmes de crocodile, cet océan de guimauve pleurnicharde, ce raz-de-marée de lamentations orchestré depuis New York et ruisselant, depuis plus d’une semaine, sur les ondes du monde entier, était-ce vraiment le meilleur moyen d’amener la conscience universelle à se recueillir dans un sentiment partagé de respect et d’espoir ? Qu’on me permette d’en douter…
On avait surtout la pénible impression d’être embringués dans un gigantesque show publicitaire visant à promouvoir, intercalés entre les flonflons du tournoi de l’US Open et les hakkas guerriers de la Coupe du Monde de rugby, les vertus éternelles du pays de l’oncle Sam, de « l’american way of life », et de la bannière étoilée dans laquelle on nous les a servies à la louche. Fallait-il vraiment que, ce qu’on appelle « le monde occidental », déjà colonisé économiquement par le dollar et ses golden boys, ajoute aux chaînes de l’argent celles de l’Histoire, pour chanter, à l’unisson avec la voix de son maître, cette oraison funèbre planétaire ? Devant ces images de fin du monde en boucle, cet alignement servile des médias, ces témoignages rabâchés (jusque chez nous !) par mille et mille perroquets officiels (Où étiez-vous ce jour-là ? Que faisiez-vous à ce moment-là ? Qu’avez-vous ressenti ?, etc.), cette référence quasi explicite à l’Islam présenté « en grand Satan », on sentait hélas que les chefs d’orchestre de ce Barnum médiatique entendaient moins préparer les esprits à une réconciliation universelle qu’à l’inexorable conflagration du « Choc des Civilisations » prédit par feu Samuel Huntington (1).
Je précise que j’ai une réelle admiration pour le peuple américain, sa puissance de création, son esprit de tolérance et sa soif intransigeante de liberté. J’ajoute que je suis monté, il y a quelques années, au sommet des Tours jumelles, et que j’ai bien conscience de devoir me compter, rétrospectivement, au nombre des victimes potentielles des attentats d’Al Kaïda. Mais voir l’ex-président Georges Bush et madame écouter avec ferveur Barack Obama lisant le Psaume XLVI (« Iahvé des armées est avec nous, le Dieu de Jacob est une citadelle pour nous... »), c’était dépasser la limite du supportable, tant dans la tristesse que dans l’indignation. Franchement, avec un auditeur de cet acabit, Obama ne pouvait-il citer plutôt le Psaume V, qui déclare magnifiquement (verset 7) :
« L’homme de sang et de fraude, Iahvé l’abomine ».
Et pour en finir avec les questions, pourquoi l’Amérique ne commémore-t-elle pas avec le même faste les journées des 6 et 9 août 1945, où périrent en deux éclairs d’apocalypse les victimes tout aussi innocentes, mais beaucoup plus nombreuses (140.000 à Hiroshima et 70.000 à Nagasaki) du feu nucléaire ordonné par Truman depuis Washington ?

Si j’en crois ce qu’en disent les médias et la Présidence de l’Université, il s’est trouvé un vice-président du Conseil régional, par ailleurs ancien Président de l’Université lui-même et ancien recteur d’Académie, pour percevoir pendant toute une année universitaire un traitement de professeur sans que ce soit, comme l’exige strictement le Statut général de la Fonction publique, « après service fait ». Si ces faits sont avérés, ils portent gravement atteinte à l’image de nos Facultés et à la déontologie universitaire, déjà souillée par l’affaire Luc Ferry. Ainsi donc, à l’indemnité perçue à titre d’élu (elle était de 3177,34 euros bruts par mois quand j’exerçais moi-même cette fonction) s’ajoutait chaque mois une rémunération de près de 8.000 euros nets, sans compter les multiples voyages et « indemnités de mission », notamment à Adélaïde, Shanghai, etc. Pas de quoi réconcilier avec la politique nos générations de jeunes chômeurs, parfois diplômés de l’Université, qui galèrent pour régler leurs frais d’inscription ou payer le loyer de leur chambre. Et pour nos étudiants en Droit, de belles questions à se poser sur le concept d’« enrichissement sans cause ».Triste chose que l’âpreté au gain, qui pousse un élu universitaire à s’asseoir, comme Harpagon, à la fois sur sa cassette et sur les notions de désintéressement et d’altruisme inhérentes au métier d’enseignant et à la charge d’élu. Et le moins écœurant de l’histoire (si, là encore, les faits sont exacts) ne sera pas ce bricolage minable par lequel l’intéressé se serait laborieusement inventé (par quelles peu reluisantes tractations ?) un service de professeur… dépourvu de toute activité d’enseignement !...
Il est vrai que monsieur Jourdain faisait de la prose sans le savoir : gageons qu’il serait heureux d’apprendre qu’un lointain disciple dionysien en use de même avec la pédagogie ?...

Raymond Mollard

(1) "Le Choc des Civilisations", 1997, Odile Jacob.
Ironie du sort, ou jobardisme idéologique des pontes de la science politique américaine, rappelons que Francis Fukujama avait publié en 1992 "La fin de l’Histoire", en écho au concept développé par Hegel dans la "Phénoménologie de l’Esprit". Il y faisait sensation en annonçant, lui, un nouvel ordre mondial fondé sur la démocratie triomphante. De courte durée, le triomphe...


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