Chronique de Raymond Mollard

La neige tombe ? Courage, Fillon(s) !...

Chronique de Raymond Mollard

Témoignages.re / 14 décembre 2010

Voici le premier volet de la chronique hebdomadaire de Raymond Mollard. Nous publierons demain la seconde et dernière partie.

En tant que citoyens français, il nous faut, après ce qui s’est passé la semaine dernière, regarder la vérité en face : notre omniprésident, celui qui veut moraliser le capitalisme mondial, réaliser l’Union de la Méditerranée, vendre à la planète entière des centrales nucléaires et des Rafales d’engins guerriers plus sophistiqués les uns que les autres, celui qui veut réformer l’État, faire entrer la France au pas de charge dans le troisième Millénaire, bref, ce pur prophète des temps modernes et du seizième arrondissement est resté paralysé, impuissant et muet devant... onze centimètres de neige !...
Honteux et confus comme le corbeau de la fable, et sans doute enroué par le froid, il a choisi, plutôt que de venir s’expliquer devant le pays, de se dire « courage Fillon » et de faire appel à son joker du même nom, fantomatique croque-mort errant à Matignon et ne sortant au grand jour que lorsqu’un os à ronger, échappé des poubelles de l’Élysée, atterrit dans son écuelle de Premier ministre.
Et ce coup-ci, admettons-le sincèrement, l’os était de taille, vu que notre gouvernement donneur de leçons par vocation se retrouvait à la fois noyé sous un tsunami de fous rires venus de tous les pays d’Europe et secoué par l’indignation de millions de Français abandonnés à leur sort par un pouvoir qui s’était mis lâchement aux abonnés absents. Eh bien, il faut le reconnaître avec objectivité, notre croque-mort a avalé l’os en deux coups de cuillère à pot et trois froncements de ses broussailleux sourcils. Comment il a fait ? C’est très simple : ce n’est ni la faute à Voltaire, ni la faute à Rousseau, c’est la faute à Météo France !
De même que les chiens de garde aboient furieusement dès qu’ils reniflent un facteur (c’est biologique), M. Fillon ne voit son œil torve s’éclairer d’un soupçon de félicité que lorsqu’il peut planter ses crocs bien au gras de la Fonction publique (c’est génétique). Cette maudite institution coûte trop cher, ses personnels sont trop nombreux, leurs traitements trop élevés, on connaît tous la vieille rengaine de la Droite constipée... Bref, le service public de la Météorologie nationale n’avait pas prévu, au centimètre près, la hauteur de la couche de neige qui allait recouvrir le pays et sa capitale.
Honte à lui, et que ses fonctionnaires (dans la bouche d’un Fillon, le mot est poisseux comme une insulte) se préparent à faire partie de la prochaine charrette de privatisations, après La Poste, Renault, Air France, la SNCF, l’Hôpital, et la kyrielle de vieilles carcasses claudicantes que le pouvoir sarkozien envoie l’une après l’autre se faire dégraisser au grand cimetière des mammouths.
Que les personnels ainsi attaqués se défendent, c’est la moindre des choses. Qu’ils aient notre entier soutien, la question ne se pose même pas, surtout pour nous qui mesurons quotidiennement à La Réunion le caractère irremplaçable de ce service, notamment en période cyclonique. Et puis, qu’ils se consolent, si c’est possible, en voyant qu’ils ne sont pas les seuls à susciter la hargne gouvernementale puisque, vendredi, le pouvoir a remis ça. Ce fut au tour de l’institution judiciaire d’être l’objet d’une attaque des plus hargneuses : pour avoir osé condamner des policiers qui avaient menti et rédigé un faux témoignage, nos juges ont fâché tout rouge Messire Hortefeux, qui a piqué sa crise devant les caméras en agitant vers les magistrats du siège ses petits bras musclés, tout en félicitant ceux du Parquet d’avoir interjeté appel. Il faut dire qu’ayant lui-même fait récemment l’objet d’une condamnation pénale pour propos à connotation raciste, il en a peut-être gardé gros sur le cœur, mais ce n’est que pure hypothèse : peut-être était-ce sa nature profonde qui s’expectorait ainsi, et ce n’est tout de même pas sa faute si elle a des relents d’égout...

(A suivre)

Raymond Mollard


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