Chronique de Raymond Mollard

Le carnaval des peigne-culs

Témoignages.re / 8 mars 2011

« Dans le couloir de la mort »...

C’est là que se trouvent, d’après Jean Ballandras (Secrétaire général pour les Affaires économiques et régionales à la Préfecture), l’essentiel des projets qui faisaient partie de l’ambitieux programme GERRI qui, décidément, ne fait plus rire personne. Le dossier publié sous la plume de Laurent Decloitre dans “l’Express” du 23 février montre clairement comment le GIP GERRI avait été concocté en 2009 pour récupérer le grand programme d’autonomie énergétique porté par l’Alliance « tout en empêchant Paul Vergès d’en prendre la barre ». On voit tout de suite à quel niveau consternant de médiocrité les petits stratèges de l’UMP ont rabaissé un idéal environnemental porté par La Réunion tout entière : incapables d’imaginer l’avenir autrement que sur le modèle du passé (c’est évidemment la définition même des réactionnaires), ils ont brisé le projet comme un enfant capricieux casse un jouet. Car, pour eux, et c’est ce qui me paraît particulièrement affligeant, GERRI n’était rien d’autre qu’un jouet, une sorte de cheval de Troie à bascule sur lequel on s’amuserait un moment, avant de le mettre en pièces et d’en projeter les lambeaux aux quatre vents de l’île.
Avec, au plus profond de ce qui est censé leur servir de cerveau, l’obscène satisfaction du devoir accompli...
Pourtant, François Fillon, débarqué dans l’île en juillet 2009, s’était officiellement engagé à lancer « une dizaine de mesures expérimentales ». Et six mois plus tard (janvier 2010), Sarkozy lui-même l’avait suivi, embouchant avec lyrisme le même pipeau trompe-couillons. Car, à la sortie, comme le constate “l’Express”, « des dix mesures expérimentales promises par François Fillon pour donner vie à GERRI, La Réunion n’en a vu aucune. “Zéro calebasse”, se désole-t-on à la Préfecture ». Quant au GIP, Jean Ballandras, qui joue les Ponce Pilate avec un naturel remarquable, constate qu’il « n’a toujours pas de président, ni de bureau ou de secrétariat, encore moins de budget. Une coquille vide ! ». C’est là heureusement qu’intervient le sauveur de La Réunion, le Zorro en chemise bleue qui, du haut de la pyramide inversée, va redresser la situation. Et que dit-il, le Zorro en chemise bleue, pour exprimer l’indignation de 870.000 Réunionnais, empêcher EDF de nous couvrir de centrales à fioul et à charbon, et obliger Fillon et Sarko à respecter leur parole ? Lisons “L’Express” : « Les élus du Conseil régional ont protesté contre les risques de pollution, le président de la collectivité, Didier Robert, jugeant EDF “pas très correct” ».
Vous avez bien lu. « Pas très correct ». Voilà qui est envoyé, et qui vibre d’une énergie 100% fossile !...

Bécasse ou pie voleuse ?...

On la connaissait plutôt bécasse évaporée, voilà que des engagés volontaires et un encadrant de l’ASR (Association Solidarité Réunion) nous la présenteraient presque en pie voleuse. Certes, on ne sort pas de la volière et des caquètements d’emplumés de frais, mais qu’a fait la deuxième vice-présidente de la Région, présidente d’AMPR, (Avenir Meilleur Pour La Réunion) pour justifier ce changement de classification ornithologique ?
C’est “Le Quotidien” d’hier qui nous l’explique, par la voix de personnes s’estimant grugées par Mme Nadia Ramassamy, « par ailleurs candidate aux prochaines Cantonales de Sainte-Clotilde ».
La liste des déboires subis par ces jeunes gens est affligeante : « Indemnisation non versée, formation non assurée, siège social “fantôme”, président démissionnaire ». Ça n’est plus le calme de la volière, c’est carrément l’horreur des “Oiseaux” d’Hitchcock. Et quand on se rappelle que Mme la Vice-présidente a reçu en décembre dernier un financement de 173.000 euros de ses collègues UMP du Conseil régional, quand on se dit que cet argent public est aussi à vous et à moi, quand on se rappelle les austères leçons de morale assénées par l’intéressée à l’ensemble de la classe politique, quand on mesure l’importance que revêt à La Réunion le thème de la solidarité sociale, on se dit que Zorro pourrait interrompre ses cocoricos du haut de la pyramide, ou le camarade Ballandras arrêter de balayer le couloir de la mort à la Préfecture, pour venir d’urgence à l’ASR mettre un peu d’ordre, sinon de moral, et éviter que les bécasses et les pies n’ouvrent la voie aux corbeaux, vautours et autres charognards ailés...

Année des Outre-mer et « zoo humain »

L’Année des Outre-mer n’en finit décidément pas de défrayer la chronique. Cette usine à gaz ethno-culturo-idéologico-politicarde conçue par le cerveau présidentiel et mise en œuvre dans une confusion mentale qui est comme sa marque de fabrique (voir l’“Union de la Méditerranée”, et autres coquecigrues) poursuit sa marche chaotique un peu comme les « Comédiens » évoqués dans la fameuse chanson de Charles Aznavour : on plante la tente un soir à Trifoullis, le lendemain à Cucugnan, et vogue la galère, ou plutôt le navire négrier, en attendant les élections.
Le dernier éclat de ce Grand Guignol vient de se produire à Paris même, et plus précisément au Jardin d’acclimatation du bois de Boulogne, où une série de spectacles, ateliers et expositions a été programmée.
Or, nous dit “Le Monde“ de vendredi dernier, le Jardin d’acclimatation (fondé en 1854 par Geoffroy Saint-Hilaire) fut l’une des principales scènes des « zoos humains » et des « exhibitions ethnologiques » organisées à la fin du XIXème et au début du XXème siècle.
Et de préciser, tenez-vous bien, ça mérite d’être lu : « Dans “Christian Karembeu, kanak”, Anne Pitoiset et Claudine Wéry (correspondante du “Monde en Nouvelle-Calédonie”) font revivre l’épisode douloureux de l’exposition de 1931 durant laquelle William Karembeu, le grand-père du footballeur champion du monde, fut parqué au sein d’une délégation de cent onze Kanaks à côté du marigot des crocodiles. Pour impressionner les badauds, écrivent-elles, le directeur leur avait fourni des tibias en bois et intimé l’ordre de danser et de mimer des scènes de cannibalisme en poussant des cris de bêtes sauvages ».
Arrêtons là. Christiane Taubira, nous dit “Le Monde”, a écrit à Marie-Luce Penchart pour dénoncer le choix de « ce lieu indélicat et injurieux ». On est de tout cœur avec elle. Mais il y a gros à parier que Sarko répondra avec cet adorable ricanement qu’on lui connaît : « N’y voyez aucun racisme, amis ultramarins. Mon copain Hortefeux enverra quand vous voudrez cent onze Auvergnats mastiquer des croûtes de saint-nectaire devant la grotte d’Ouvéa ».

Raymond Mollard


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