Chronique de Raymond Mollard

Mirages dans les airs, rafales dans les urnes !...

Témoignages.re / 22 mars 2011

C’est raté pour l’omniprésident : même déguisé en va-t-en-guerre (le Mirage symbolisant à merveille sa politique !), il n’a pu empêcher l’explosion en plein vol de son électorat, abattu par l’implacable DCA que constituent la casse sociale, les promesses non tenues, la précarité imposée, les reniements systématiques, les augmentations de prix, le démantèlement du service public...
Il aura pourtant tout tenté.
S’inspirant du triste exemple de Pasqua, alors ministre de l’Intérieur, qui, trois jours avant le deuxième tour de la Présidentielle de 1988, avait ordonné le sanglant assaut contre la grotte d’Ouvéa, il s’est présenté en chef de guerre pour s’attaquer, l’avant-veille du scrutin, au tyran de Libye, en espérant toucher la fibre guerrière qui sommeille au cœur de certains électeurs, et capter in extremis leurs suffrages. Las ! Si Jean-Baptiste prêchant dans le désert attira les foules, Nicolas planant sur les dunes ne parvint qu’à s’ensabler jusqu’au cou au plus profond des urnes. Un grain de sable suffit parfois, alors là...
Autre trompe-couillon qui a fait long feu : le débat sur l’islam, pardon sur l’islamisme, ou sur l’immigration, à moins que ce ne soit sur la laïcité, ou alors la prière, le voile, les banlieues, que sais-je encore : cette machine de guerre stratégique, puante au possible, destinée à siphonner l’électorat du Front National, s’est transformée en un gigantesque foutoir idéologique qui, par le jeu de l’effet boomerang, a ponctionné les voix en sens inverse. Le tout sans la moindre reconnaissance des heureux bénéficiaires, dont le chef historique, intervenant à la télévision dimanche soir, a, pour tout remerciement, traité le Président de la République de « général Pinocchio ». Mais que faisait donc le brave Gimini Criquet, enfermé à Matignon, au lieu de soutenir la bonne conscience de sa marionnette ?...
Quant au drame japonais, il a été exploité jusqu’à la corde par les porte-voix gouvernementaux, non pas pour annoncer une aide massive de la France aux sinistrés, mais pour rouler des mécaniques en évoquant la solidité sans pareille de nos centrales atomiques, prêcher l’infaillibilité du nucléaire français, et se parer des plumes du paon face à l’amateurisme nippon. On a vu d’abord Anne Lauvergeon, P.-D.G. d’Areva, vanter sa camelote nucléaire, notamment ses nouveaux réacteurs pressurisés EPR, qu’elle s’efforce, au nom de la France, de fourguer au reste de la planète. Puis Eric Besson, le Ganelon à la Triste Figure, nous jurer (chacun sait ce que vaut pour lui la parole donnée) que loin d’être un danger, nos 19 centrales et nos 58 réacteurs sont les formes les plus rassurantes que peut prendre pour les Français la bonne fée électricité. On a vu surtout, et entendu jusqu’à plus soif, la volubile Nathalie Kosciusko-Morizet, ci-devant ministre de l’Ecologie, plastique impeccable, mais dialectique foireuse, contester la dangerosité, minimiser les risques, exalter les vertus de l’électricité nucléaire. Certes, si Sarko nomme une bombe au gouvernement, c’est pour lui faire exploser l’audimat de l’UMP. Mais vouloir lui faire irradier tout le pays, courir d’une chaîne à l’autre pour faire, à grands renforts d’effet de toilettes, l’apologie BCBG de l’ivresse radioactive, ça frôlait l’incitation à la débauche mondaine : très cher, vous reprendrez bien une flûte de césium 137 après cette coupe d’iode 131 ?... Bref, toutes ces giries n’ont pu abuser le bon sens de l’électeur de base, qui attend le passage sur l’hexagone du nuage radioactif, annoncé comme imminent. A moins bien sûr que le sieur Guéant, ministre de l’Intérieur, ne lui interdise de franchir la frontière, comme au premier Tunisien venu...

A La Réunion, le scrutin a suivi, tant au niveau de la campagne que du vote de dimanche, le même scénario catastrophe pour les supplétifs locaux de l’UMP et leur stratège pyramidal. On a eu ici aussi à constater, chez les candidats se réclamant de la majorité gouvernementale, la soudaine disparition du sigle UMP, de toute allusion au gouvernement, et du nom même de Sarkozy. On a même eu droit aux couinements furieux de quelques adeptes de La Réunion en confiance, exaspérés de voir collée sur leurs affiches la photo... du créateur de l’UMP ! Plus qu’un reniement, une apostasie : imagine-t-on Monseigneur Aubry effaçant à la peinture bleue des affiches pastorales au motif qu’elles portent l’effigie de Benoît XVI ?...
On a constaté aussi l’immense discrétion du fondé de pouvoir local de la Sarkozie qui, après avoir imposé au forceps ses poulains, s’est bien gardé de compromettre son ramage, son plumage, voire sa chemise bleu horizon, dans la mêlée électorale. Il est resté prudemment calfeutré dans sa pyramide de verre, ce qui lui a non seulement permis de sauvegarder son nœud de cravate, mais de l’habiller pour l’hiver, ce que salue l’éditorialiste du “JIR” par ce titre à l’emporte-pièce :
« La Réunion en confiance de Didier Robert se prend une veste ». La chose est avérée certes sur l’ensemble des cantons concernés par le scrutin, mais revêt une ironie particulière dans celui de Tampon 2, où avec 45,82% des suffrages, André Thien-Ah-Koon met plus de 24 points dans la vue au poulain de Didier Robert. Et ceci, par le simple rappel des faits : la suppression de la rocade du Tampon (100 millions d’euros de perdus !), le copinage des emplois, le sabotage des recherches géothermiques, le désastre de l’alimentation en eau, le refus du logement social, bref, le jeu de massacre auquel Didier Robert s’est livré en sa triple qualité de maire du Tampon, de député UMP et de président de Région. Le Tampon a ouvert les yeux, et toute La Réunion a vu clair avec lui !...
On a vu aussi que si la féminisation des candidatures est une bonne chose, elle montre que les femmes n’ont rien à envier aux hommes question sectarisme et langue de bois. On a vu Nadia Ramassamy se féliciter, du haut de ses 9,62% de voix, d’avoir renvoyé Valentine Camalon, candidate de Didier Robert (6,90%), à ses chères études en collège. On a vu Vanessa Miranville, dents blanches et griffes sorties, plus suante de haine envers Roland Robert que joyeuse d’avoir distancé le candidat UMP, comme quoi on peut être agrégée de calcul et mériter le bonnet d’âne en analyse politique. On a vu Monica Govindin faire contre mauvaise fortune gros cœur, en découvrant qu’un changement de mangeoire ne refait pas forcément une virginité politique. On a vu Mme Couapel-Sauret tenter d’incarner à l’antenne la fraîcheur juvénile et le renouveau militant chers à Didier Robert : hélas, le gazouillis du paille-en-queue avait parfois des accents de bête du Gévaudan.
Tous aux urnes dimanche, pour une réplique de force 9 sur la Sarkozie en déroute !...

Raymond Mollard


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