Di sak na pou di

10 Mai : pourquoi la Région ignore notre histoire ?

Di sak na pou di

Témoignages.re / 15 mai 2010

Le 10 Mai est une fête nationale où l’Assemblée nationale et le Sénat ont voté en 2001 à l’unanimité la traite négrière et l’esclavage crime contre l’humanité.
L’esclavage est un phénomène mondial qui a également concerné notre île. En effet, sur trois siècles et demi d’histoire, La Réunion a vécu plus de 183 ans sous ce régime esclavagiste.
Cette journée nationale française célébrée partout en France complète notre 20 Décembre qui a libéré plus de 62.000 esclaves à La Réunion.
Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, à l’occasion de cette journée commémorative nationale du souvenir de l’esclavage et la traite, a rappelé dans son discours «  qu’il nous faut refuser l’oubli  ».
En effet, comment et pourquoi vouloir oublier ces millions d’hommes et femmes victimes dans leur chair et leur âme de ce système injuste et inhumain régi par le Code Noir ?
Comment oublier tous nos ancêtres malgaches, africains dont les familles ont été disloquées, soumises à ce crime, converties de force, dépossédées de leur culture, désidentifiées, désociabilisées, déracinées, enchaînées et vendues comme du bétail ?
Comment oublier la résistance courageuse, honorable, digne de nos ancêtres marrons qui ont fui le littoral esclavagiste pour préserver leur liberté en marquant de leur empreinte les pics et cirques de notre île ?
Aujourd’hui, l’esclavage avec son cortège de détresses, de souffrances, de misères reste encore présent dans nos cœurs et nos âmes. La mémoire signe la santé de ce peuple opprimé par ce régime inhumain. La commémoration est une réparation.
Or, quelle action culturelle a mené la Région pour commémorer cette journée du 10 Mai ? Aucune.
Le silence de cette nouvelle majorité enlève tout crédit aux mots prononcés par le président de la Région lors de la première Assemblée plénière : « notre culture, notre identité métissée, nous la voulons vivante, expressive ».
Didier Robert et la nouvelle majorité ont même tenté de justifier leur décision d’abandon de la MCUR par leur volonté de revaloriser les lieux de mémoire, d’aider les acteurs culturels, etc. Tout cela ressemble à des prétextes : car leur absence d’initiative le 10 Mai, leur refus de célébrer une date érigée en commémoration nationale, et essentielle pour notre mémoire, pour notre histoire, sont éloquents et finalement très révélateurs. Que valent les discours de tous ceux qui, pendant la campagne électorale, ont voulu opposer la MCUR à l’action de valorisation des lieux de mémoire comme le Lazaret, et qui, le 10 Mai, ont brillé par leur absence de toute initiative ?
En agissant ainsi, en se “jouant” de la culture, en méprisant l’histoire et la mémoire, Didier Robert et son équipe montrent que non seulement ils n’ont pas de programme culturel identifié, mais surtout ils expriment une volonté politique de cultiver l’oubli, en privant en ce 10 Mai les Réunionnais du droit à l’expression culturelle et de pouvoir vivre leur histoire. Notre culture, notre histoire s’enferment de plus en plus entre 4 murs… les murs de l’ignorance et du mépris.

Aline Murin-Hoarau, adjointe au maire de Sainte-Suzanne, conseillère régionale du groupe Alliance


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