Di sak na pou di

A bout de souffle, le « modèle » réunionnais ? non, il se délite !

Témoignages.re / 17 novembre 2011

On s’était mis d’accord sur un constat : le modèle réunionnais s’essoufflait. On s’était mis d’accord sur une orientation : il fallait à La Réunion un projet de développement plus endogène et durable. Le nouveau modèle a avorté. L’actuel système se délite. La Réunion n’a pas d’avenir et son présent s’effondre sous ses pas.

Le système né de la départementalisation reposait sur la solidarité nationale et européenne. Il avait pour moteur les crédits publics. En finançant des infrastructures et en distribuant des revenus, ils soutenaient un marché intérieur conséquent satisfait par les importations et par la production locale. Pendant des décennies, les transferts publics sans cesse accrus ont porté une croissance économique remarquable, créatrice de richesses et d’emplois.

Ce modèle atteint ses limites : l’égalité sociale quasiment réalisée, l’accroissement démographique ralenti, les difficultés budgétaires de la France et de l’Europe rendent les financements publics stagnants. Or, le système a laissé de larges fractions de notre population en marge : en cette année 2011, le taux de chômage est de 30% et 49% de la population (1 Réunionnais sur 2 !) vit en dessous du seuil de pauvreté. La cohésion sociale menacée.

Les propositions ont convergé vers un nouveau modèle de développement plus endogène, durable et ouvert à l’international. Ce furent le Programme réunionnais de Développement durable (PR2D) de la Région, le projet GERRI de l’État, le projet “Réunion île verte” des socioprofessionnels. La Réunion était citée en exemple par le Président de la République dans son discours sur le Grenelle de l’Environnement, et si on ne voyait pas le bout du tunnel, du moins avait-on des rails à suivre.

Las, c’était oublier l’inconséquence des princes qui nous gouvernent. On a abandonné des projets structurants comme le transport ferroviaire en site propre ; on est revenu sur les avantages fiscaux de la filière photovoltaïque ; on a délocalisé à la Guadeloupe un projet d’exploitation de l’énergie thermique des mers. On remet en cause la défiscalisation des investissements immobiliers… Des « faiseuses d’anges » ont fait avorter le modèle réunionnais d’avenir.

Le système réunionnais actuel lui-même est détricoté. Il reposait sur des crédits publics sans cesse accrus : ce moteur faiblit. Il était, depuis un décret de 1952, fondé sur la défiscalisation des investissements : celle-ci est remise en cause. Il laissait à l’Etat-providence le soin d’intégrer les populations qu’il laissait pour compte, celui-ci est démantelé par le pouvoir. Crédits publics, défiscalisation, aides sociales, dérogations et régulations diverses : les piliers de l’édifice socio-économique réunionnais sont incompatibles avec le néolibéralisme et la dictature des marchés financiers. La Réunion n’avait jamais connu la récession pendant plus d’une année : elle y est pratiquement depuis la crise financière de 2008. Nombreux sont ceux qui pensent les troubles sociaux inéluctables.

Il faudrait reprendre le projet réunionnais, en faisant une synthèse des modèles, pas en les substituant l’un à l’autre. La Réunion a besoin de la solidarité nationale et européenne ; elle doit aussi compter davantage sur ses propres forces et aller vers un développement plus endogène fondé sur ses avantages comparatifs. Le développement de la production doit se faire à la fois pour le marché local et pour l’exportation. Il est vain d’opposer l’un à l’autre : les entreprises locales gagneraient en économies d’échelles en travaillant aussi pour l’international… C’est vrai : une séquence historique s’achève. Les Réunionnais sauront-ils trouver un chemin dans celle qui s’ouvre ?

Wilfrid Bertile,
Ancien député


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