Di sak na pou di

A l’aimable attention du peuple et des élus

Témoignages.re / 12 juillet 2010

Depuis quelque temps, il est peu ou prou question de réformes diverses, dont en particulier celle des collectivités territoriales. Bien évidemment il en sortira pour nous le statu quo (suicidaire ?) ou des modifications vers un cheminement plus intéressant. À voir, car comment faire pour ne pas tomber dans le piège courant de nos propres confections, nous faisant confondre les genres ?
Quoi qu’il en soit, la démocratie représentative devra jouer pleinement son rôle et la nation entière devra respecter la loi ou le décret. Parce que s’imposant aux citoyens, personne ne pourra y déroger ! Ainsi voudraient les principes…
En attendant, il reste frappant et peut-être regrettable qu’une réforme de cette importance ne puisse encore faire l’objet de débats ou d’explications à la hauteur des enjeux. Étrange !
Et pourtant, déjà Condorcet (1743-1794) avait fait remarquer, à moins que je ne m’abuse, que « même sous la constitution la plus libre, un peuple ignorant est esclave » ! (1)
En conséquence, en tant que citoyen, il m’apparaît légitime et opportun de soumettre à notre réflexion quelques passages, d’une déclaration du candidat François Mitterrand sur les Dom Tom, le mercredi 08 mai 1974 et passée à l’O.R.T.F.(2)
« […] Il existe entre les Français de la métropole ou les Français de France et tous ceux qui vivent dans ces départements et territoires, comment dirais-je, au fond, un bon climat d’amitié et de solidarité. On l’a vu pendant les dernières guerres et on le voit chaque fois qu’on a le plaisir de rencontrer des ressortissants de ces territoires, à Paris où ailleurs, il y a vraiment une nature riche, féconde et de capacité d’amitié, de fraternité tout à fait remarquable. Pourquoi, pourquoi tout cela est gâché par toute une série de mœurs et de procédés que moi je ne peux pas accepter. […]. Je ne demande pas que le statut de chacun de ces territoires change, je n’ai pas, si vous voulez, à me substituer aux populations. Je dis simplement : si les populations le peuvent, elles le veulent dans la mesure où l’autodétermination par définition leur permet de choisir le statut qu’elles veulent. Rien ne doit leur être imposé. Qu’il y ait des statuts particuliers dans les territoires et départements d’Outre-mer, que ces statuts particuliers soient différents d’un territoire à l’autre, d’un département à l’autre, cela me paraît tomber sous le sens. Quelle peut être la limite ou la portée de ce statut ? C’est aux populations de le dire. Le devoir de la France c’est de respecter leur choix et de ne pas le préjuger, ce choix. Un Français ne peut que souhaiter voir l’ensemble des territoires et départements d’Outre-mer rester étroitement associé à la vie d’un pays qui est le mien et que j’aime […], malheureusement depuis quelque temps, j’éprouve quelques inquiétudes ou quelques angoisses lorsque j’admire le rôle de la France et je vois pourtant ses défaillances ; il s’agit de corriger ces défaillances, avec l’aide des populations, il s’agit de ne rien imposer, il s’agit de respecter le droit d’un chacun.
Mon vœu, voyez-vous, c’est que l’ensemble, cette couronne de départements et de territoires, se trouve à l’aise parmi nous, se sent épouser du plus profond du cœur la cause qui nous est commune et dont la France a été quelquefois dans l’histoire du monde le symbole.
Restons unis, mais restons libres des choix fondamentaux sans que jamais le Président de la République ne cherche autre chose que l’harmonie, l’entente l’union et finalement le rassemblement dans notre tâche historique commune
 ».
Ici, sans m’autoriser un essai de conclusion, c’est encore vers Condorcet, (… « ami des Noirs qui lutta contre l’esclavage et la traite, qui fut le seul à réclamer pour les femmes l’égalité entière des droits et dont la pensée », selon le mot de Jaurès, fait partie du patrimoine de la République), que je me permettrai d’orienter réflexions et méditations. Citons encore : « Nous ne désirons pas que les hommes pensent comme nous, mais qu’ils apprennent à penser d’après eux-mêmes. La vérité appartient à ceux qui la cherchent et non à ceux qui prétendent la détenir ».
Puissent donc ces rappels nous aider à purifier ce "droit commun" tant revendiqué dans l’unité de la République en marche…

Joseph Mondon.
(Les Avirons).

(1)- Elizabeth BADINTER – Robert BADINTER - CONDORCET - Un intellectuel en politique – Avril 1988. Fayard.
(2)- Reproduit à partir d’un enregistrement sur K7 et susceptible de contenir d’éventuelles erreurs mineures. Mais l’essentiel y est.


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