Di sak na pou di

À la mémoire des martyrs du Struthof

Courrier des lecteurs de Témoignages / 22 juillet 2015

La découverte le 9 juillet de l’historien Raphael Toledano a ouvert un débat pourtant ancien : le musée de l’institut médico-légal de la faculté de médecine de Strasbourg possède encore des fragments des corps de déportés au camp de concentration du Natzweilher-Struthof. La question posée est celle du destin de ces reliques. Elle évoque surtout l’un des combles de l’horreur nazie.

August Hirt, d’origine suisse et germanophile prendra la nationalité allemande après la guerre de 14. Il rejoint précocement le parti nazi, et franchit tous les grades de la SS. Médecin et anatomiste, il a été nommé à la faculté de médecine de Strasbourg dans l’Alsace devenue province du Reich. Obsédé par l’anthropologie des races dites dégénérées, il créera une collection de crânes judéo bolcheviques prélevés sur les corps de commissaires politiques puis il proposera à Himmler, qui l’estimait, la création d’un collection de squelettes juifs, pour mieux connaître « la sous humanité » sur un mode dit scientifique. À son instigation, 86 déportés d’Auschwitz hommes et femmes, seront sélectionnés et conduits au camp du Struthof en Alsace ou ils seront gazés. Les corps seront ensuite « préparés » à l’institut d’anatomie de Strasbourg grâce à l’aide de « l’anthropologue » SS Bruno Beger, de Sievers et d’autres SS. L’avance des alliés en Septembre 44 fait abandonner ce projet. Les corps dépecés des 86 victimes seront finalement retrouvés et inhumés le 23 octobre 1945 d’abord au cimetière de Strasbourg-Robertsau puis en 1951 dans le cimetière juif de Cronembourg.

Fuyant Strasbourg en 1944, Hirt se suicidera quelques mois plus tard sans aucun remords selon ses dernières déclarations.

Il convient ici de rendre hommage à deux psychiatres qui se sont battus pour faire émerger la vérité : mon ami, Georges Federman, qui exerce à Strasbourg s’est battu pendant de longues années contre l’establishment universitaire pour qu’une plaque commémorative soit apposée devant la porte de l’institut d’Anatomie rappelant à tous, les heures d’abomination qu’a vécu la faculté de médecine sous la coupe du Pr Hirt. Federman est, il est vrai, un grand anticonformiste, défenseur des Roms et des sans-papiers. Son ami, le cinéaste manouche Tony Gatlif, l’a mis en scène dans son beau film Swing sur le destin des tziganes en Alsace. Membre de la communauté juive, il est aussi un fervent défenseur des droits du peuple palestinien.

Il faut aussi rendre aussi un autre hommage à François Bayle, médecin de la marine, neuropsychiatre qui fut nommé en octobre 1946 à la commission contre les crimes de guerre et collabora aux premières recherches sous l’égide de l’armée américaine ; il fut ensuite expert au procès de Nuremberg. La publication de ses conclusions CROIX GAMMEE contre CADUCÉE, somme de plus 1500 pages, est parue en 1950 (un document indispensable souvent copié) décrit ainsi Hirt et ses complices :

« Ainsi l’idée monstrueuse d’un savant criminel confiée à un grand débile bien placé (Beger) et à un démoniaque violent (Sievers) patronnée par un chef cruel, borné, curieux et insensible (Himmler) fut réalisée par les soins d’une brute disciplinée. »

À l’heure des procès pour crimes de guerre et du retour de la barbarie, tirons la leçon de ces crimes pour qu’ils ne se reproduisent jamais plus.

Dr Jean-François Reverzy


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