Di sak na pou di

A la veille de décisions importantes pour La Réunion souvenons-nous du 19 mars 1946…

Témoignages.re / 9 décembre 2009

Ferdinand Lot déclarait : « La perte de la mémoire du passé est sans doute la pire infortune qui puisse frapper un peuple ainsi qu’un individu ».

Bien que la situation ne soit pas identique, comme la période précédant l’entrée en vigueur de la loi du 19 mars 1946, loi qui a décolonisé La Réunion, nous vivons aujourd’hui un moment historique. Et comme la période pré-1946, les forces de progrès se retrouvent une fois de plus ralenties par les barrières posées par les courants rétrogrades et réactionnaires de certains dirigeants de notre classe politique dont les esprits demeurent colonisés et asphyxiés par la peur récurrente de se responsabiliser pour l’avenir de La Réunion.

A tout stade de notre développement, des courants conservateurs se sont opposés au progrès : avant la proclamation de l’abolition de l’esclavage, des colons Réunionnais ont tenté d’empêcher le débarquement des commissaires de la République venus abolir l’esclavage ; avant la proclamation de l’abolition du statut colonial par la loi du 19 mars 1946, les propriétaires fonciers de l’époque prônaient le statut quo colonial, qui les préservait des impôts et de la politique de redistribution découlant de la protection sociale qui allait assurer aux Réunionnais l’Egalité avec la Métropole.

Les polémiques autour du Tram Train, tout comme celles autour de la MCUR ont-elles réellement lieu d’être ?? A la veille du sommet de Copenhague, à l’heure où les dirigeants du monde entier s’interrogent et s’inquiètent de la manière dont vont bien pouvoir être conciliés croissance démographique et réchauffement climatique, comment, à La Réunion, pouvons-nous, en tant que citoyens responsables, ne pas soutenir le projet du Tram Train alors que 2025 et le million d’habitants pointe son nez sur une île de 2500 Km2 dont seul le quart de la superficie est aménageable ? Comment pouvons-nous remettre en question toute l’importance qu’il y a pour nous, Réunionnais, dont l’histoire est marquée par 2 siècles d’esclavage et 1 siècle de colonisation, une histoire si jeune et pourtant si riche, d’ériger au nom de notre vouloir vivre ensemble, au nom de notre "communauté de rêve" pour reprendre l’expression de Malraux, le seul patrimoine qui manifeste de notre identité collective ?
Le débat sur l’identité nationale a le vent en poupe en Métropole, pendant que nous, Réunionnais, devrions réfréner le besoin d’histoire et de mémoire qui est le nôtre ?

Aujourd’hui, comme la période précédant les deux grandes dates fondatrices de l’histoire de La Réunion, le 20 mars 1848 et le 19 mars 1946, ce sont ceux qui ont tout à perdre du rayonnement et du développement de notre île qui entrent en dissidence avec les forces de progrès qui militent pour le développement et l’avenir de La Réunion.

Et aujourd’hui, comme avant le 19 mars, positionnons-nous, pour que, alors que même Paris souligne l’urgence du changement, nous ne soyons pas les seuls à refuser notre évolution. Que les grandes avancées ne se fassent pas sans nous.


Emilie Assati, présidente de l’association "Pour la célébration du 19 mars 1946".


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