Di sak na pou di

À propos de la nouvelle route du littoral : le risque d’un échec
retentissant

Témoignages.re / 27 juillet 2012

J’ai eu l’occasion de faire part de mon extrême réserve sur ce projet de route du littoral version Didier Robert.
Je l’ai même qualifié de « route de l’impossible ».
Une pétition circule en ce moment pour mobiliser celles et ceux qui sont contre ce projet qui risque d’être un désastre écologique. Cette pétition a déjà recueilli plus de 3.000 signatures.
Pour contrer cette initiative qui prend de l’ampleur, nous voyons surgir une tentative de défense de ce projet, d’une part avec la constitution d’un collectif « Pour la nouvelle route du littoral », qui a recueilli jusqu’à ce lundi 154 signatures, et d’autre part un article sur un site sous le titre « Route du littoral : Pourquoi les solutions tunnel et montagne ont été abandonnées ? ».
Il me paraît nécessaire de rappeler un certain nombre d’éléments essentiels :

1°- Les études qui ont été menées
l’ont été sur la base de solutions sans véritable variante. En effet, ce que ne précise pas l’article, c’est que les solutions étaient « tout par la montagne », « tout par le littoral éloigné de la falaise », ou « tout tunnel ».

2°- La solution retenue d’une
« 4 voies éloignées de la falaise » était apparue « acceptable » du fait que les matériaux nécessaires à la réalisation de la partie en digue résultaient du creusement de 3 tunnels permettant le franchissement de La Montagne par le tram-train.

3°- Aujourd’hui, le problème de la disponibilité de matériaux
suffisants se pose. En effet, il ne faut pas que le volume des déblais utilisés vienne porter atteinte au volume nécessaire pour les besoins à venir du Bâtiment et des travaux publics.

4°- L’objectif fondamental du projet est la sécurisation,
afin d’éviter que des effondrements de falaise occasionnent des drames aux automobilistes, encore plus importants si des embouteillages persistent sur cette route.
Cela signifie que l’urgence appelle la résolution du problème de la circulation à l’entrée de Saint-Denis.
Pour y parvenir, il est urgent qu’une étude lourde, avec des conclusions dans un court délai, soit engagée sur les différents axes de transit de Saint-Denis.
Cela doit concerner non seulement le front de mer Nord, mais également le Boulevard Sud, avant même le pont Vinh San, avec une vocation de rocade. Il faudra en même temps solutionner le problème du franchissement du Boulevard Sud par les véhicules allant des Hauts de Saint-Denis vers le Bas de la ville.
Il faut enfin que soit garanti le financement des travaux nécessaires résultant de cette étude lourde.
Cela évitera définitivement le risque d’embouteillage sous la falaise de la route du littoral, réduisant le risque d’un drame majeur jamais enregistré.

5°- Le projet version Didier Robert avec les
« Accords de Matignon 2 » a ceci de particulier que l’actuel président de Région a fait une concession majeure au gouvernement Sarkozy-Fillon.
En effet, ces accords prévoient, contrairement aux « Accords de Matignon 1 », que tout dépassement du coût initial, identifié à 1,6 milliard d’euros, sera totalement à la charge de la collectivité régionale.
Deux hypothèses, en cas de probable dépassement du coût identifié, devront alors être envisagées :
- La poursuite du projet avec la prise en charge du surcoût, grevant durablement les marges de manœuvre de la Région ;
- La remise en cause du projet intégrant des voies de transport en commun en site propre (TCSP), pour revenir à une 4 voies, au mépris des orientations fondamentales en matière de développement durable, affirmées plus fortement par le nouveau gouvernement, au sein duquel se retrouvent des ministres EELV.

6°- Sur la base des propositions du citoyen Bruny Payet, je tiens à préciser que jamais n’a été approfondie la proposition mixte suivante :

- Le creusement d’un tunnel bas à 2 voies réservé au sens La Possession-Saint-Denis, élargi pour envisager un tunnel en monotube, ou en bitube, réservé à un TCSP ferroviaire.
Cela permettrait, outre la réhabilitation d’un projet alternatif à la voiture, de disposer de matériaux nécessaires à un projet de sécurisation de l’actuelle route du littoral ;
- La dépose des déblais issus du creusement du tunnel sur les voies de l’actuelle route du littoral, pour servir de piège à un potentiel effondrement de falaise, dans les portions où le risque est réel, du fait de la proximité des voies côté mer.
Il serait opportun d’étudier d’urgence la solution technique d’un mur permettant de protéger encore plus les deux voies côté mer.
L’utilisation de ces 2 voies côté mer pour le sens Saint-Denis-La Possession réduirait, voire annihilerait le risque d’embouteillage sur cette portion, déjà éloignée de la falaise et potentiellement sécurisée.
Il ne s’agit pas de s’opposer à un projet au motif qu’il résulte d’une attitude « d’opposition » de l’équipe de Didier Robert au projet initial.

En effet, ce projet alternatif « s’oppose » également au projet issu des « Accords de Matignon 1 », auquel j’avais participé.
J’ajouterai que la solution proposée « s’oppose » aussi au projet ferroviaire initial, puisqu’il franchirait la falaise de La Montagne par un tunnel bas, partagé avec un tunnel routier à sens unique La Possession-Saint-Denis.
C’est parce que des décideurs, avec la « complaisance » de l’ancien gouvernement, risquent d’engager La Réunion dans une impasse économique et financière, avec des conséquences irréversibles au plan environnemental, que j’avance cette solution.
Il ne faut reproduire les mêmes erreurs que dans les années 60.

Pierre Vergès


Kanalreunion.com