Di sak na pou di

A quand les tribus ? Elles sont là

Témoignages.re / 6 février 2013

Dans un forum du “JIR” (jeudi 31 janvier 2013) à propos des « Communautés » et « ethnies », Madame Brigitte Croisier, agrégée de philosophie, sociologue et écrivaine, pose cette question-là, convaincue qu’elle est de la nécessité d’ « un travail difficile pour éclairer une réalité complexe » (Manifeste pour une pensée créole réunionnaise – page 53). Que chacun(e) prenne au sérieux la question de fond qu’elle met sur table : « N’y a-t-il pas là une sorte de dé-réunionnisation ? »  ; et « au bout du compte (avec les risques de divisions multiples), où est la communauté… réunionnaise ? ».

Tout à fait d’accord, quand elle dit qu’ « il s’agit de mettre en commun nos différences, quelles qu’elles soient, de les partager, de les enrichir réciproquement dans un maillage constant ».

Encore faut-il savoir si l’on attend que ce maillage soit dicté et managé depuis le haut, par différents pouvoirs politiques ou institutionnels, ou par la force diversifiée des communautés de toutes natures, se constituant sur des bases affectives, électives, voire fantasmatiques, éphémères ou charpentées, en fonction des intérêts qui les rassemblent. Nous pouvons évidemment nous référer au légendaire “Petit Robert” (qui n’est pas réunionnais !) donnant de la communauté la définition suivante : « Tout groupe humain ayant des biens, des intérêts, des goûts, des idées ou des croyances en commun ».

Qui cela gêne, et pourquoi, à partir du moment où ces communautés ne cherchent pas à imposer leurs lois dans toute la Société, ni à exercer un contrôle sur les libertés individuelles, en participant, au-delà de leurs frontières, à la construction du bien-être et de l’intérêt général, du local au global ? Il serait intéressant en ce sens de lire l’ouvrage de Michel Maffesoli “Le temps des tribus” (en livre de poche 1991).

Chacun de nous, dit-il, ne résulte pas d’une synthèse, mais « de la tension existante entre les éléments diversifiés qui nous composent ». Les tribus (elles sont là) naissent du fait que la majorité des gens « ne se reconnaît plus dans les grandes machineries institutionnelles ou idéologiques » dont la caractéristique est la peur de perdre le pouvoir d’encadrer. « Il ne peut y avoir de société partielle dans l’État », disait J.J. Rousseau. C’était la doctrine des révolutionnaires de 1789, et sans doute de la République coloniale.

Aurait-on peur aujourd’hui de la famille, des Associations, des groupes culturels et spirituels, des partis, de la comm(e)une… relevant tous de l’idéal communautaire, et contribuant à toutes les formes de développement social, culturel et économique de notre île… faisant La Réunion, bien loin de vouloir dé-réunionniser… ? C’est dans tous ces lieux que nou lé kapab.

Pensons aux jeunes (notre avenir) qui s’inscrivent dans une multiplicité de réseaux d’appartenance exprimant les différentes facettes de leur personnalité (sans oublier le virtuel).

En ce sens, le même Maffesoli rapproche notre contexte de la situation des 2ème et 3ème siècles de notre ère, où émergent, au sein de l’Empire romain, de petites communautés. Le pouvoir est à Rome, mais « la vie réelle, dit-il, repose sur des micro-groupes qui se relient les uns aux autres ».

Des solidarités chaudes, résistantes, qui viennent humaniser les solidarités froides, comme disent les Belges !

Marc Vandewynckele


Kanalreunion.com