Di sak na pou di

A quelque chose “malheur” est bon

Témoignages.re / 23 octobre 2013

Cette affaire de la nomination d’un ambassadeur chargé de la Coopération régionale dans l’océan Indien, dans laquelle la préférence métropolitaine a joué jusqu’à la caricature, est riche d’enseignements.

A la télévision comme dans les journaux, le ministre des Outre-mer s’en est “expliqué”, si l’on peut dire. A l’en croire, les nominations par le gouvernement ne se discuteraient pas. Les confondrait-il avec des décisions de justice ? Curieuse conception de la démocratie et du rôle des parlementaires censés contrôler le gouvernement ! Et le seul argument qui tiendrait la route, le fait que je sois à la retraite, est faux. Il suffit de chercher sur le Net : le statut des ambassadeurs thématiques est divers, l’âge n’entre pas en ligne de compte et le fait d’être retraité entraîne des économies pour l’État. Maintenant que c’est dit, pour ce qui me concerne, la polémique est close.

Je préfère retenir de cet impair gouvernemental la solidarité des Réunionnais. Il y a eu, certes, des voix discordantes, de rares élus qui se sont tus ou ont soutenu à reculons, mais, dans l’ensemble, la réaction populaire et politique a été magnifique ! Des députés, des sénateurs, des présidents d’exécutifs ont dénoncé, demandé des explications, fait des propositions. Des associations de défense de la dignité des Réunionnais et de leur accès à des emplois et à des responsabilités ont courageusement manifesté. La presse, reflétant l’opinion publique, a dit son incompréhension et réaffirmé qu’à La Réunion, on est aussi capable qu’ailleurs. Sur les réseaux sociaux, sur les ondes des radios, des citoyens, des humoristes ont commenté, “moucaté”, globalement dénoncé la décision du gouvernement. Nombreux sont ceux qui m’ont dit leur soutien et leur amitié. Je voudrais dire à toutes et à tous ma gratitude et ma reconnaissance. Leur empathie m’a fait du bien et, surtout, pour la collectivité, leurs réactions font que rien ne sera plus comme avant.

Rien ne sera plus comme avant dans la conscience des Réunionnais de former une entité. La population s’est rendue compte que des valeurs, des principes ont été bafoués. Quelle que soit sa sensibilité politique, le plus grand nombre s’est senti concerné. L’unité des Réunionnais est en marche et on ne peut que s’en réjouir.

Rien ne sera sans doute plus comme avant dans l’accès des Réunionnais à l’emploi local et à des postes de responsabilité. Le ministre a dû racler des fonds de tiroir pour montrer sans convaincre que des Réunionnais sont appelés à des responsabilités. Gageons qu’on fera plus attention lors de prochaines nominations. Si, désormais, des Réunionnais accèdent plus nombreux aux emplois et aux responsabilités, on ne peut que s’en féliciter.

Rien ne sera plus comme avant, du moins je l’espère, dans la politique de coopération dans l’océan Indien. Ce n’est pas le poste qui compte : 10 ans après, c’est encore une coquille vide. L’important, c’est la politique qui est menée. Si, dans l’avenir, La Réunion et Mayotte s’insèrent de façon plus harmonieuse dans leur environnement régional et si on met en œuvre une politique de développement mutuellement profitable des îles de l’océan Indien, on ne peut qu’applaudir des deux mains.

Tout cela reste fragile, sinon virtuel. L’opinion publique doit rester vigilante. Les élus et les associations doivent rester mobilisés et continuer le combat. J’y prendrai toute ma part. Mais si cet épisode malheureux débouchait sur une meilleure prise en compte des intérêts des Réunionnais et une véritable politique de coopération régionale, il aura agi comme un révélateur et un catalyseur et aura, finalement, été positif.

Wilfrid Bertile


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