Di sak na pou di

Abolir le privilège des 30%

Témoignages.re / 3 août 2013

C’était il y a 224 ans. Au cours de la séance qui se tenait pendant la nuit du 4 août 1789, l’Assemblée Constituante met fin au système féodal. C’est l’abolition de tous les droits et privilèges féodaux ainsi que de tous les privilèges des classes, des provinces, des villes et des corporations. Et pourtant, en 2013, persistent des privilèges exorbitants dans notre pays, à La Réunion en particulier. Le plus considérable et profondément injuste est l’abattement de 30% dont bénéficient les cotisations d’impôt sur le revenu.

Un privilège strictement réservé à ceux qui sont imposables. Entrepreneurs, professions libérales et fonction publique pour faire court, même si on sait qu’il existe des ménages non imposables pour diverses raisons dans ces catégories-là aussi. En 2010, dernière année disponible, sur les 449.000 foyers fiscaux 121.000 ont versé 214,5 millions d’euros au Trésor public. Une « économie » de près de 92 millions au détriment du budget de l’État grâce aux 30%. Les 328.000 autres foyers ont le peu enviable privilège de n’être pas imposables faute de revenus suffisants !

On notera que seuls des gouvernements de droite ont atténué timidement l’éventail des privilèges, en particulier de 1971 à 1979 en faisant passer l’index de correction de 1,65 à 1,1138. Plus récemment le décret Jégo a écrêté, à juste titre, les « grosses » retraites. Quant au privilège des 30% aucun gouvernement n’a osé y toucher. Le moment est donc venu pour nous Réunionnais de participer aux efforts de la nation en demandant à être alignés sur la métropole. Dans la mesure où l’impôt est versé avec un décalage dans le temps, rien n’empêcherait de s’y préparer dès maintenant pour septembre 2014.

J’y vois une question de dignité : nous avons pris la mauvaise habitude de demander toujours plus à la mère-patrie ; montrons que la solidarité peut jouer dans l’autre sens. D’autant que les plus démunis ne seront pas pénalisés du tout. J’y vois une occasion de diminuer notre gigantesque production de déchets liée à tous nos gaspillages. Faut-il rappeler que les 850.000 Réunionnais consomment trois fois plus d’électricité que les 15 millions de Malgaches ? J’y vois enfin un argument massue pour exiger de l’État le maintien des défiscalisations qui ne sont pas du tout un moyen d’échapper à l’impôt mais une façon de choisir de consacrer son écot à des actions profitables au développement économique et social de notre île. Ainsi la "défiscalisation" pour les emplois de service à domicile pourrait devenir un crédit d’impôt, incitant les contribuables aisés à maintenir et multiplier de tels emplois.

Abolir un privilège colonial anachronique pour soutenir des activités créatrices de richesses et d’emplois. Qui peut être contre ? Aux élus de porter cette proposition exemplaire à Paris.

 

Charles Durand

Le Brûlé – Saint-Denis


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