Di sak na pou di

Abstention, attention !

Témoignages.re / 24 mars 2011

55,63% en métropole. Plus de 51% dans notre département. Ce sont les taux d’abstention enregistrés dimanche passé, lors des élections cantonales partielles. Car, le grand vainqueur, c’était l’abstention. Moins d’un inscrit sur deux a jugé bon de se déplacer alors que la moitié des cantons était à renouveler. On a parlé d’abstention record pour un premier tour d’une telle élection, qui est pourtant l’élection la plus fréquente (tous les trois à quatre ans par moitié). Et c’était prévisible : les médias l’avaient annoncé, plusieurs jours à l’avance.

Qu’est-ce que l’abstention ? L’abstention est le refus de participer à un vote. Le refus d’utiliser un droit, pour lequel nos ancêtres se sont battus. Le refus d’accomplir un devoir. Car, ne dit-on pas que voter est un droit mais aussi un devoir ? Et dire que dans des pays qui ne connaissent pas d’élections démocratiques, les habitants réclament la possibilité d’élire leurs candidats !
C’est dans les démocraties bien installées que l’on retrouve les plus forts taux d’abstention. Le taux d’abstention est le rapport des citoyens qui s’abstiennent de voter parmi ceux qui sont inscrits sur les listes électorales (l’inscription sur les listes électorales est un droit et est obligatoire).
À noter que, même si le résultat ne change pas, les votes blanc ou nul ne sont pas considérés comme abstentionnistes. Une abstention aussi importante que celle enregistrée dimanche passé peut poser des problèmes de légitimité des résultats de l’élection. Dommage, diront peut-être certains, que l’abstentionnisme n’est soumis à aucune sanction. Les abstentionnistes, eux, pensent qu’en agissant de la sorte ils sanctionnent les politiques. Car, l’abstentionnisme reste un acte politique.
Alors, pourquoi des taux d’abstention aussi élevés ? Pourquoi tant de Réunionnais ne sont pas allés voter dimanche passé ? Pourquoi était-ce prévisible ? Pourquoi certains partis n’ont-ils pas réussi à mobiliser leurs militants, eux qui autrefois se faisaient obéir au doigt et à l’œil comme un seul homme ? Les cantonales mobilisent-elles moins que d’autres élections ? Trop de candidats (158 à La Réunion pour 25 sièges) ? Est-ce une forme de "ras-le-bol" vis-à-vis de la classe politique ? Un problème de connexion entre les candidats et les électeurs ? Les analyses les plus sophistiquées sur les particularités de ce scrutin n’y changeront rien. On est appelé à connaître de moins en moins de participation qu’autrefois, prédisent certains. Est-ce un manque d’intérêt ou de réponse, un manque d’entrain militant, un désintérêt pour la vie publique ? En tous cas, c’est un rejet de l’offre politique.
Les partis de droite comme de gauche appellent à la mobilisation pour le second tour des cantonales, dimanche prochain. « Je ne peux que regretter que les Français ne se soient pas mobilisés pour choisir les élus qui prennent des décisions importantes pour leur vie quotidienne », a déclaré le Premier ministre. « Cette forte abstention semble montrer que la majorité de nos concitoyens ne perçoit pas suffisamment l’impact dans leur vie quotidienne de l’action de leurs conseillers généraux, qui pourtant gèrent des compétences très importantes », a déploré le ministre de l’Intérieur.
Un sursaut des abstentionnistes est indispensable si ceux-ci ne veulent pas être les spectateurs du train qui passe. Alors, assistera-t-on au réveil des abstentionnistes ? Les enjeux sont importants et tous le savent bien. Attention ! Tension, pangar ! Après, il est facile de critiquer le choix des votants, l’élection ou la réélection d’Untel ou d’Unetelle qui n’a pas le bonheur de vous plaire…

Marc Kichenapanaïdou


Kanalreunion.com