Di sak na pou di

« Alon uni a nou »

Témoignages.re / 31 mai 2010

Aujourd’hui, la mondialisation encourage les valeurs individualistes en remettant en cause nos valeurs traditionnelles.
L’apport de la solidarité est donc occultée, ce qui laisse la porte ouverte à d’autres projets politiques, porteurs d’autres idéologies.
Nul n’est dépourvu de culture, puisque chacun adopte les attitudes sociales qui sont les siennes. L’ile de La Réunion s’est enrichie de différentes cultures venant de différents continents. Cette culture plurielle signe notre unité.
Parmi cette culture métissée, nous avons "les servis zancet, malgas, kaf, kabaré" sous toutes ses formes confinées dans la sphère privée aujourd’hui encore par défaut. Ces servis rythmés par notre musique traditionnelle : le Maloya ont servis à des moyens de lutte pour la liberté et la préservation culturelle durant la période esclavagiste et la colonisation.
C’est en grande partie à travers ces servis zancet que l’esclave a pu garder sa liberté, sa dignité, son humanité. Il a refusé de se « désancestraliser ». Ses servis kabaré ont favorisé la solidarité de ce groupe pour garantir leur survie et leur spiritualité.
La solidarité consiste à relever un défi : éviter la division, préserver notre unité dans la diversité, effacer l’oubli de notre histoire qui a été orchestré par ce système colonial qui a organisé notre amnésie culturelle.
Parler de solidarité, c’est permettre cette unification - un modèle -, de notre culture plurielle autour de chaque religion, de chaque apport culturel de nos ancêtres ;
Rappelons que la traite négrière, l’esclavage ont arraché des milliers de jeunes enfants, femmes et hommes dans leurs pays.
Arrivés dans l’ile, ils sont victimes du paupérisme culturel, cultuel.
Désidentifiés, désociabilisés, désancestralisés, nos esclaves et engagés malgaches et africains se sont enfermés dans une identité blessée, opprimée, minorée.
En effet, nos ancêtres n’ont pas décidé un jour en toute liberté de quitter leur pays Madagascar, le Mozambique... pour être asservis à un régime brutal, inhumain dans les plantations.
Dans l’ile, les archives de cette époque ont été détruit volontairement ou par négligence . Les cases, les calbanons, les paillotes, où vivaient les esclaves n’existent plus depuis longtemps. Les chaines fondues pour récupérer le fer, l’absence des sépultures des esclaves ont renforcé cet oubli : « le bruit du silence ».
Pourtant la mémoire orale, le patrimoine immatériel sont les principales archives de notre histoire et du souvenir de l’esclave.
L’esclavage a été un attentat contre la dignité humaine. Notre mémoire, celle de l’esclave doit alors être un enjeu culturel et social.
Notre mémoire historique, culturel, immatérielle trop longtemps ignoré niée est un trésor.
« I FO NOU LE UNI  » pour « dénoncer ce système colonial qui a lavé notre cerceau, traité certaines religions de sorcellerie et divisé les Réunionnais pour mieux régner ».
« I FO NOU LE UNI  », solidaires pour renforcer notre vivre ensemble, notre cohésion sociale pour aller dans ce travail de réparation. Cette solidarité nourrit l’échange, la discussion, la réflexion constructive et unitaire pour briser ces clichés esclavagistes et dépasser ce passé sombre de notre histoire.
Cette discussion peut se faire dans les nombreux lieux de mémoire laissés à l’abandon. Solidarisons nous pour réhabiliter ces lieux de mémoire : notre richesse culturelle, notre trésor. Ces lieux de mémoires créeront des liens de solidarités entre ce groupe social dit "Kaf", les descendants d’esclaves et d’engagés qui aujourd’hui contrairement aux autres n’ont pas de lieux, de sanctuaires, de temples pour honorer dignement leurs ancêtres, leurs héros, leurs marrons, les premiers défenseurs de la liberté et des droits de l’homme.

Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale.


Kanalreunion.com