Di sak na pou di

Année de la biodiversité ?

Témoignages.re / 3 janvier 2012

Je reçois les voeux du Conseil Régional : « 2012 année de la biodiversité ». Bonne initiative, mais... il n’y a pas déjà eu une année de la biodiversité ? Ben oui, l’ONU : « 2010 année de la biodiversité » ! Bon, après tout, on ne va pas blâmer le zèle des néophytes et puis cette catastrophe est si grave qu’on peut sonner l’alarme en permanence. C’est par dizaines de milliers que les espèces vivantes disparaissent chaque année, et cela à cause de la gestion déraisonnable que l’humanité fait du vivant. Ainsi aujourd’hui à la Réunion des espèces d’une extrême rareté sont attaquées, directement, par le braconnage, les incendies... mais aussi indirectement, par l’importation d’espèces qui deviennent envahissantes. Ces importations ont été faites et sont encore faites aujourd’hui (pour les particuliers, c’est interdit) avec les meilleures intentions du monde. Ainsi pour protéger les agrumes le CIRAD a introduit un parasite qui s’attaque au plus beau des papillons endémiques de la Réunion, le Phorbanta borbonica. Ainsi, le directeur de l’ONF nommé après guerre, Jean-Marc Miguet, constatant qu’à la Réunion il n’y avait pas de forêts, en tout cas, pas comme dans ses Vosges natales, avec des arbres bien rangés, bien droits, décida de remplacer la forêt primaire par des plantations de cryptoméria japonica. Heureusement que devant lui s’est dressé une petite bande d’amoureux de la nature réunionnaise, Thérésien Cadet, Auguste de Villèle, Harry Gruchet... sinon toute la Roche Écrite y passait et le tuit-tuit avec !

Aujourd’hui il reste encore quelques vieux forestiers nostalgiques de cette époque, comme il reste de vieux instituteurs arc-boutés contre l’enseignement du créole. Mais même si le cryptoméria avait été le meilleur bois d’oeuvre du monde, ce qui est loin d’être le cas, cette politique était assassine pour la biodiversité dont tout le monde aujourd’hui reconnaît l’importance primordiale. Les successeurs de Miguet ont su redresser la barre, d’abord par les tamarinaies, qui restent une gestion encore gros doigts, et maintenant avec des plantations diversifiées qui se rapprochent du couvert originel, qu’il est hélas impossible de reconstituer. Dans le but de préserver cette précieuse biodiversité, il est donc aujourd’hui tout à fait légitime de remplacer par des espèces indigènes les cryptomérias, même s’ils étaient ininflammables, ce dont je doute. En revanche je suis absolument certain de la grande inflammabilité de l’ajonc. On peut déjà commencer par là. Vous l’avez sans doute remarqué à La Plaine des Cafres, pas loin des plantations de cryptomérias...

Jean-Pierre Espéret


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