Di sak na pou di

Après Chérèque : positivons !

Témoignages.re / 2 novembre 2013

Voilà enfin un “missionnaire” qui a eu le bon sens de venir sans “aucune annonce fracassante” et sans la hotte du Père Noël de Matignon. Très habilement, il a très vite quitté la tunique d’architecte du plan national de lutte contre la pauvreté pour revêtir l’habit d’un inspecteur général de l’action sociale. Tenons-nous bien : « On est une inspection générale autonome, j’ai envie de vous dire qu’on mettra ce qu’on a envie de mettre dans notre rapport annuel ». En bon observateur, il saura dire et décrire ce qu’il a laissé entrevoir.

 ? La « spécificité péi » est dans le nombre de pauvres, et parmi eux une masse de jeunes en situation de pauvreté. Et il nous invite à analyser cette « complexité » (le contraire de bien des analyses politiques qui appellent à la simplification).

« Il y a derrière, dit-il, un élément fondamental d’ordre économique qui fait défaut pour répondre aux causes structurelles ». C’est le premier débat démocratique à organiser. Seul le Sénateur Vergès l’a ouvert pour l’instant.

 ? En s’interrogeant sur la place des jeunes dans ce paysage, il sait bien que ce ne sont pas 1.000 contrats (sur 10.000 programmés en France) qui vont en venir à bout.

Nous savons bien qu’il serait grave, derrière ce coup de phare, de classer l’ensemble des jeunes qui, même dans la misère, refusent l’assistance, la commisération et la récupération.

Prenons garde de ne pas en faire une catégorie particulière de l’action publique découpée en segments plus ou moins stigmatisés, venant plus ou moins stériliser la multitude d’initiatives locales où de plus en plus de jeunes entendent être acteurs de leurs vies et citoyens participant à la définition des politiques publiques.

C’est le deuxième chantier qui nécessite de mettre le paquet sur l’accompagnement territorial de proximité, sans lequel tous les “guichets” seront inutiles. Encore faut-il dégager les moyens financiers.

 ? Le troisième chantier et pas des moindres, c’est celui de « la nouvelle gouvernance » que François Chérèque entend aborder « surtout quand on constate ce problème dans toutes les régions ».

Il n’a pas été sans remarquer l’absence incompréhensible des élus, en particulier des maires. Et voilà que nos experts en simplification et efficacité (!) ressortent le serpent des mers qui foire depuis des décennies : la coordination.

Ça n’est rien comprendre à la gouvernance. Son père fondateur, Stone, a observé justement les causes de l’impossible coordination dans la ville d’Atlanta entre 1946 et 1988 pour proposer la définition suivante :

« Avancements informels par lesquels les pouvoirs publics et les intérêts privés fonctionnent ensemble ». Rien donc d’une usine à gaz institutionnelle, mais d’une constitution territoriale d’un ensemble organique, partant de la base, et repositionnant le politique comme “mailleur” du vivre ensemble.

L’IGS a évidemment dans ses dossiers le manifeste de 34 directeurs généraux des Services de départements français ayant pour titre : « L’action sociale : boulet financier ou renouveau de la solidarité » (Il aura sans doute vu l’absence de signature du DGS de La Réunion). C’est un véritable cours de gouvernance, basé sur des idées simples, que chaque élu, responsable institutionnel ou citoyen, doit s’empresser de lire.

Tout réside dans l’élaboration de projets de développement social local, sur base de diagnostics partagés, mobilisant chacun dans son champ de compétence, à commencer par les citoyens eux-mêmes, artisans du renouveau de la solidarité.

Cela présuppose une volonté politique forte, apparemment absente, sauf s’il y a un sursaut préélectoral !

Marc Vandewynckele


Kanalreunion.com