Di sak na pou di

Après ses insultes contre Paul Vergès
Didier Robert s’est tiré une balle dans le pied

Alain Dreneau / 18 janvier 2010

Le roi de France Saint-Louis rendait la justice au pied d’un chêne. C’est du haut d’un palmier [1] que le “petit roi du Tampon” fait tomber son verdict. Verdict tranchant et sans appel : « Le président de la Région est un homme du passé, celui des énergies fossiles, du fuel et du pétrole » (“JIR” du 15 janvier 2010).

Ce jugement, proféré par Didier Robert à l’occasion d’une conférence de presse de l’UMP, est accablant pour son auteur. Il a atterré la quasi-totalité des membres de son propre camp, gênés pour leur “chef de file”. Il est donc inutile de s’attacher à développer le caractère insensé, indécent et ridicule du contenu de ces propos [2].
Par contre, il est intéressant de s’interroger sur les ressorts — intellectuels, psychologiques, tactiques — qui sous-tendent chez Didier Robert une telle éruption verbale. Deux hypothèses s’offrent à l’observateur. Ou bien le maire du Tampon croit en ce qu’il déclare, ou bien il n’y croit pas. Les deux hypothèses épuisent le champ des possibles et s’inscrivent dans une même certitude, à savoir que son but n’était nullement de se nuire à lui-même, ni à son camp, mais bien de gagner un maximum d’électeurs ! A partir de là, déroulons le fil de chacune de ces hypothèses.

Dans le premier cas — celui, rappelons-le, où Didier Robert pense ce qu’il dit —, quelles explications retenir ? Qu’il est privé du bon sens le plus élémentaire, et tout à la fois frappé d’une ignorance sévère de l’histoire et des enjeux réunionnais. Il apparaît bien comme tel au vu et au su de tous ceux qui n’ont aucun mal à reconnaître ce que La Réunion doit à l’action de Paul Vergès en matière d’innovation énergétique. Autre explication : que sa “passion politicienne” l’aveugle. Mais la cécité pour un homme politique qui se veut chef de file est loin d’être la meilleure garantie qu’il va être suivi par une cohorte de fidèles ! Par conséquent, la gravité du diagnostic concernant Didier Robert suite à ses propos possessionnais ne peut qu’affaiblir ses positions, qu’il croyait au contraire renforcer comme on l’a vu plus haut. Tragique erreur (pour ses partisans) !

Dans le second cas — celui où Didier Robert ne pense pas ce qu’il dit —, son problème est d’un autre ordre, mais tout aussi inquiétant. Son entreprise de manipulation de l’opinion, qui vise dans sa stratégie à gagner des voix, consiste à tenter de faire entrer dans la tête des Réunionnais que le président de la Région est un homme dépassé par les problèmes de notre planète (et donc de La Réunion), qu’il ne jure que par les dieux “Charbon” et “Pétrole”, qu’il n’a jamais entendu parler du soleil et de la mer comme avenir énergétique de l’humanité [3], bref, qu’il n’a plus sa place dans notre histoire… et même qu’il ne l’a jamais eue ! Voulant faire passer le jour pour la nuit, ou vice-versa, qu’espérait donc “l’homme aux palmiers” ? Choqués par une telle avalanche d’insultes et d’extravagances, les Réunionnais ne peuvent que se dire : « Mais que dit-il ? Mais pour quels imbéciles nous prend-il ? Pour quels demeurés ? ». Quel mépris derrière cette nullité politique !
Dans un cas comme dans l’autre, que le maire du Tampon croit ou ne croit pas à ses insultes contre Paul Vergès, il s’est tiré une balle dans le pied.

Alain Dreneau, Le Port

[1Un parmi ceux qui auront l’insigne honneur d’être inaugurés demain au Tampon par le président de la République, de nombreuses années après avoir été plantés à l’initiative de l’ancien maire du Tampon.

[2On peut être l’adversaire politique de Paul Vergès, lui livrer un combat politique, sans sombrer dans de telles inepties. Chacun sait que le gouvernement français, dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, vient de désigner Paul Vergès, le président de l’ONERC (Observatoire national sur les effets du réchauffement climatique), comme le coordonnateur des ateliers du Plan national d’adaptation au changement climatique, qui doit être présenté au Parlement avant la fin de l’année 2010. Jean-Louis Borloo a dû s’en étrangler (de rire ?), lui qui avait rendu hommage à la région Réunion en tant que pionnière du Grenelle de 2007.

[3… contrairement à lui, Didier Robert, ainsi qu’à son mentor saint-andréen, bien connus l’un et l’autre pour leurs réalisations audacieuses en ces domaines innovants !


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