Di sak na pou di

Arèt sali a nou et not histoir

Témoignages.re / 19 juin 2010

En tant qu’enseignante issue d’un peuple immigré ayant subi les injustices de la colonisation, je ne peux pas accepter les propos tenus par cet enseignant devant un tribunal sourd. « Je suis blanc et, de toute façon, ici c’est des nègres et toutes des p... et c’est comme cela qu’il faut faire » ;
Le racisme est une discrimination qui déshumanise l’autre. Au nom des valeurs philosophiques, des Lumières et Républicaines qui exaltent l’égalité, la fraternité et la liberté, je demande à la population et aux femmes réunionnaises de réagir face à ces propos racistes, injustes, injurieux prononcés naturellement par ce fonctionnaire civilisé ???
Ma réponse face à ces propos est la colère, l’indignation. Faut-il rappeler que l’ère coloniale est révolue ? Les propos tenus par Jules Ferry pour justifier la colonisation ne sont plus d’actualité. Les femmes réunionnaises comme tous les Réunionnais ne sont « pas des races inférieures », ne sont plus « des meubles ».
La Négresse comme toutes les autres femmes réunionnaises ont joué un rôle important dans la construction de notre île, de notre identité métissée.
Ce sont les femmes malgaches qui fondèrent les premières familles bourbonnaises.
Les femmes réunionnaises ont connu l’esclavage, l’engagisme, ce système social concentrationnaire où la liberté n’existait que pour le colonisateur blanc, le possédant.
Pour la mise en valeur de l’île, du développement du café, la compagnie avait besoin de main d’œuvre. Après des mois et des mois de navigations difficiles, les femmes esclaves, les filles du Roy, indiennes et créoles, sont venus peupler l’île.
Au même titre que les hommes, la femme esclave, engagée, a apporté sa contribution au développement de l’activité économique de notre île. Toutes les femmes blanches, noires, « négresses », ou métissée ont travaillé la terre. Dès 1674, elles sont obligées de travailler péniblement aux côtés de leurs compagnons, « les négresses de pioches », pour servir les exigences de la Compagnie des Indes. Aux cultures vivrières et à l’élevage s’ajoutent la culture et le travail du coton pour les femmes.
Les femmes domestiques ont entretenu les belles cases créoles des colons, ont allaité leurs enfants.
Parmi les nombreuses formes de résistance à la condition servile (l’avortement, le suicide, les tentatives d’évasion par mer), le marronnage reste la résistance la plus courante pour retrouver la liberté. Ces femmes marronnes héroïques comme Marianne, Soya, Héva ont fait face dignement, courageusement, aux côtés de leurs compagnons, aux balles, aux chiens des chasseurs de Noirs ; des épisodes sanglantes héroïques de notre histoire.
Face à ce monde esclavagiste en grande majorité masculine et brutal fondé sur la force physique, la femme négresse, blanche, métissée a dû déployer un effort considérable pour préserver sa cellule familiale. Elle symbolise la mère tendre et courageuse toujours présente pour tisser la solidarité familiale, celle qui tempère et subit les violences, celle qui renforce la cohésion sociale.
Aujourd’hui, la femme réunionnaise refuse de tels propos racistes et injurieux qui salissent son image. Plus que jamais, elle est à la recherche de son identité la plus profonde pour enrayer ces zones d’ombres liées à ce passé esclavagiste qui l’a rendue prisonnière d’un monde privé de savoir orchestré par le pouvoir colonial.
L’histoire montre que la femme réunionnaise a toujours été présente dans l’arène politique et sociale (les marronnes).
Puis certaines femmes s’illustrent par leur savoir-faire dans la poésie, le théâtre (Blanche Pierson). Juliette Dodu fut décorée de la Médaille militaire et de la Légion d’honneur et eut des funérailles nationales.
N’oublions pas non plus ces femmes comme Isnelle Amelin, Madame Baret, Madame Pévérelly Alice qui ont présidé la plus ancienne association féminine créée dans l’île.
Toutes s’attachent à un objectif commun : lutter pour le développement économique, social, culturel, dans le respect des différences pour faire disparaître ces clichés, ces mentalités héritées de l’esclavage, du colonialisme, dont les femmes sont les premières victimes.
Monsieur le fonctionnaire qui salit l’image des femmes réunionnaises, je vous dédie ce poème écrit par une femme réunionnaise : Célimène
« Missié L... est
blanc malhonnête
nana figure comme bébète
Nana le cœur comme galet
Nana la langue comme zandouillette
Nana li dents comme fourchettes
Nana de contes comme in gazette
toujours lilé dans la guinguette
Ah ! Ah ! Ah ! Eh ! Eh
cer ami, langaz qui causez »

Aline Murin-Hoarau, conseillère régionale


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