Di sak na pou di

Arguments neurobiologiques en faveur d’un ministère liant éducation et santé de l’enfant

Témoignages.re / 16 mars 2013

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Dans ce courrier, il est essentiellement question des interactions entre le nouveau-né et ses parents. Nous attirons l’attention à propos d’interactions s’organisant autour de la vue du nouveau-né avec son environnement proche.

Le nerf optique, en traversant le cerveau du bébé, lui transmet les informations captées par ses yeux. Sa vue lui permet de percevoir à distance et contribue grandement à son adaptation. Alors que 90% des fibres du nerf optique aboutissent sur l’aire occipitale dévolue à la vue, les 10% des fibres restantes (soit environ 1,35 million de fibres) convergent à la fois vers :

- les colliculi supérieurs qui permettent d’avoir des mouvements du regard rapide et précis,

- et les amygdales qui sont considérées comme « le cœur et l’âme du système émotionnel cérébral », et c’est peut-être, selon le psychologue Christian Marendaz, par cette voie que « le bébé apprend à regarder le regard d’autrui et à construire le socle de sa relation à l’autre » . Sans les amygdales, lors d’accidents cérébraux qui suppriment leur fonction, la lecture des expressions émotionnelles exprimées par le visage est entravée. Si nous devions élargir la fonction de cette partie du cerveau central appelé « système limbique » où se trouvent les amygdales lorsque l’on voit, entend ou sent, les perceptions sont chargées émotionnellement, ce qui veut dire que le nouveau-né perçoit les influences de l’environnement qualitativement, en termes « agréable » ou « désagréable », avant même de comprendre le pourquoi de ces qualités émotionnelles opposées. Le neurobiologiste Joseph Ledoux explique par exemple qu’un réflexe de peur peut être généré par cette voie avant que le cerveau n’ait eu le temps d’analyser les raisons objectives de cette peur. Les émotions appréhendées suivant la valeur du stimulus, lorsqu’elles sont ressenties comme éprouvantes donc désagréables, chez une personne adulte ou un animal mobile déclenchent la fuite ou la lutte, a contrario, en cas d’inhibition, comme c’est le cas chez le bébé humain ne pouvant ni fuir, ni lutter, les émotions se somatisent par des accélérations cardiaques et pulmonaires, pour les plus visibles, mobilisant toute la physiologie par des réactions métaboliques, endocriniennes et végétatives. Lorsque la situation perdure, il y a inhibition prolongée et le bébé peut tomber malade organiquement et psychiquement, le corps et l’esprit étant une seule et même réalité. On parle de physiopathologies, selon Henri Laborit.

Les « neurones miroirs »

Après quelques mois, d’autres structures nerveuses présentes dès la naissance du bébé le rendent capable d’intégrer les perceptions issues de l’environnement provoquant des émotions et de ressentir d’une façon plus circonstanciée son environnement proche. Parmi ces structures, on trouve les « neurones miroirs », ces neurones ont été découverts récemment par une équipe italienne de neurophysiologistes, notamment Giacomo Rizzolati & son équipe. Dans un premier temps, on a cru que des nouveau-nés de quelques jours pouvaient imiter les expressions faciales d’adultes. Le grand philosophe Merleau-Ponty, en 1945, avait déjà remarqué qu’un « bébé de quinze mois ouvre la bouche si je prends par jeu l’un de ses doigts entre mes dents et que je fasse mine de le mordre ». Ceux sont les neurones miroirs qui permettent de ressentir instantanément ce que l’autre qui est devant soi ressent. Ils constituent une découverte essentielle pour comprendre l’autre comme « un autre soi-même », son alter ego, et quand il s’agit du bébé, nous pénétrons dans la sphère considérée comme subjective sur laquelle les théories comportementalistes et même certains développements des sciences cognitives se sont fourvoyés dans des considérations intellectualistes excluant l’approche de l’être humain à la première personne, ce qui devient possible avec les neurones miroirs.

Progressivement, après la découverte de ces neurones miroirs, la notion d’empathie fut évoquée et grandement étudiée. Par « empathie », on désigne la capacité de ressentir ce que l’autre ressent afin de savoir ce qu’il éprouve, capacité que nous partageons avec les primates et certains mammifères.

L’empathie n’est pas la sympathie

Evoquons maintenant ce qu’est « l’ontogenèse de l’empathie » (Jean Decéty) en partant du nouveau-né centré sur son regard, en faisant l’impasse sur la période prénatale durant laquelle l’empathie s’étaye. L’empathie doit être différenciée de la « contagion émotionnelle », qui fait qu’un bébé se met à pleurer en entendant ou en voyant pleurer un autre enfant. L’empathie n’est pas non plus la sympathie qui implique un sentiment altruiste. Comprendre en se mettant à la place d’autrui le chagrin qu’il éprouve n’implique pas qu’on le partage ou qu’on cherche à le soulager dans un mouvement de sympathie lié à l’altruisme. L’empathie n’est pas non plus de la simulation mentale, l’enfant plus âgé va gronder ses poupées en imitant les reproches que lui ont adressés ses parents. Retenons que toutes ces capacités innées initialement vont s’expérimenter et être favorisées (ou contrariées !) par l’environnement de façon que le nouveau-né en prenne progressivement possession. Nous pensons que ces dispositions innées, si elles sont reconnues par l’environnement, peuvent être encouragées, confortées et rendre les enfants heureux de se les approprier, car ils sont susceptibles de ressentir par réciprocité inconsciente que l’environnement est sensible à ces compétences. C’est ce qui s’évoque par la métaphore chère à Robert Misrahi dans “La construction du bonheur”. C’est ce que nous illustrons par : « la richesse sensorielle et perceptive entraîne la richesse organique et psychique », ou encore « la réussite entraine la réussite ».

Les conséquences de la découverte de ces capacités d’empathie sont, selon nous, troublantes si nous nous mettons à la place d’un nouveau-né qui ressent que son parent est triste, par exemple. Cela ne veut pas dire qu’il comprend la tristesse de son parent. Cette tristesse ou d’autres états mentaux, il va les ressentir sans pouvoir s’en protéger. C’est cela qui est troublant !

Protéger les bébés des perceptions d’émotions

A l’âge où l’enfant, en pleine période critique, ne peut ni fuir, ni lutter, il nous paraît important de le protéger de ces perceptions d’émotions en rendant les parents conscients de la vulnérabilité de leur enfant. Ainsi les parents pourraient-ils par eux-mêmes envisager une transformation de leurs attitudes.

Lorsque l’enfant est plus grand, il peut par empathie manifester un comportement d’aide vis-à-vis de ses parents, il aura dépassé la période critique qui risquait de le plonger dans un désarroi profond, là l’enfant ne subit plus son environnement, il développe un rapport actif avec celui-ci, c’est ce rapport actif à l’environnement qui correspond à notre définition de la santé : « désir, plaisir, rapport actif avec l’environnement ».

Toutes ces informations et bien d’autres sur le développement de l’enfant pourraient être rendues accessibles aux parents. Il demeure toutefois des obstacles praxéologiques à dépasser. Les scientifiques éclairent de nombreuses zones d’ombre, sur le fonctionnement du cerveau, l’éveil du bébé, son développement, sans être incités à diffuser leurs découvertes lorsqu’elles sont fiables. Nous pensons que ces informations devraient être popularisées et diffusées, particulièrement auprès des futurs et jeunes parents. C’est là que nous situons la vocation d’un nouveau ministère liant Éducation et Santé de l’enfant.

Paulus Frédéric, Marc Poumadère, Bruno Gavarri, Jean-Marie de Sigoyer, Chantal Jouvenot

(Les intertitres sont de “Témoignages”)


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