Di sak na pou di

Attentats : revenir aux causes, une nécessité pour La Réunion

Courrier des lecteurs de Témoignages / 17 novembre 2015

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Au lendemain des massacres de Paris, nous refusons de céder à la terreur, malgré l’émotion et la tristesse, nous refusons la société de la peur, de la stigmatisation et de la recherche de boucs émissaires…

« La France est en guerre », nous dit-on. Mais ce n’est pas notre guerre : après les désastres américains en Irak et en Afghanistan, les actuelles interventions françaises en Irak, en Libye, en Syrie, au Mali, au Tchad, au Niger, en Centrafrique, contribuent à déstabiliser ces régions et à déclencher les départs de migrants qui se heurtent à la forteresse Europe et dont les corps s’échouent sur les plages. Inégalités et prédations déchirent les sociétés, les dressent les unes contre les autres. Al Qaida ou Daech tirent toute leur force inhumaine de ces injustices. Cette guerre ne mène à aucune paix car il n’y a pas de paix sans justice. Pour en finir avec cette guerre, nos sociétés devront se désintoxiquer de l’ivresse de la puissance, des armes, du pétrole, des métaux rares, de l’uranium…

Au-delà du terreau social et économique qui nourrit tous les désespoirs et tous les actes insensés, reste la « banalité du mal », c’est-à-dire le fait que l’humanité n’est jamais à l’abri du retour ou de l’instauration de la barbarie quand certains décident de s’affranchir du respect de l’être humain en tant qu’être humain.

Pour ce qui est à notre portée, plus que jamais, il nous faut lutter contre l’impérialisme fût-il « humanitaire », contre le productivisme destructeur, pour des sociétés sobres, libres et égales.

La Réunion est totalement partie prenante de cette situation mondialisée. Notre éloignement géographique n’est en rien un éloignement de cœur et d’intérêt à cet évènement. Rien ne protège La Réunion par un quelconque isolement. Bien au contraire nous oserions dire que la situation sociale alarmante de notre région ne peut qu’être le ferment d’aspiration de certains à rejoindre ces idéaux suicidaires sous couvert de valeurs religieuses, culturelles voire sociétales. Tous les efforts de la société réunionnaise à maintenir une inter-culturalité vivante et bien comprise pourraient bien être anéantis par l’obscurantisme en réponse au désarroi de la jeunesse mais pas seulement, et surtout par l’absence de vraies alternatives politiques réjouissantes et populaires qui auraient pour objet la justice sociale.

Tous ceux ici qui militent pour une Réunion plus juste et plus solidaire ont donc une responsabilité encore plus forte pour éviter d’autres bains de sang. La première est d’y voir clair et de combattre la ghettoïsation de notre société qui fait que les exclus deviennent des êtres perdus pour tous, et qui, de victimes d’une société pourraient elles-mêmes faire d’autres victimes par des crimes perpétrés comme ceux de Paris. Cette escalade nous guette. Cette soi-disant guerre est en fait une lutte à mener pour la défense de valeurs humanistes et surtout une lutte de classe.

Sans cette prise de conscience réelle et réaffirmée les Grands Médias et l’émotion complaisamment entretenue nous entraineront vers d’autres guerres et une société liberticide que nous refusons. La Réunion qui se veut société de métissage et d’inter-culturalité doit être un exemple de réaction lucide et active. Plus que jamais la mise en œuvre de politiques citoyennes doit être au cœur des débats de notre île. Réagissons à l’émotion de repli et affirmons des alternatives politiques qui prennent en compte les causes sociétales réelles qui engendrent ces crimes et ces guerres d’Etat.

Nous refusons par avance toute restriction au droit de manifester et de lutter contre ce monde pourrissant, pour les alternatives que portent ensemble les peuples du Sud et du Nord. Du 29 novembre au 12 décembre, à l’occasion de la COP 21 et par nos mobilisations citoyennes, nous montrerons qu’un autre monde est possible, urgent et nécessaire.

Didier Bourse, ATTAC Réunion


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