Di sak na pou di

Avant de découper la galette des rois ou des reines

Témoignages.re / 25 mars 2014

Pour les démocrates (très nombreux dans notre île) la lâcheté consisterait à ne rien dire entre les deux tours, laissant faire les états-majors des listes en compétition, au mépris parfois des convictions de leurs propres électeurs.
Depuis « l’appel pour sortir du fénoir » (2001) et celui lancé à « Dos d’Ane » par l’ADELROI (Association pour la démocratie locale à La Réunion et dans l’Océan Indien) en 2009 pour « la décolonisation des esprits et des pratiques », rien n’aurait-il bougé dans le paysage ? Certainement pas. L’émergence de nouveaux partis à côté des forteresses « traditionnelles », et de nouveaux mouvements, concrétisés par le nombre imposant de ceux que les médias ont appelé « les petits candidats », en sont déjà la preuve.
La réduction drastique du pourcentage de voix recueillies par des « ténors » habitués aux scores « soviétiques », comme on a pu le dire, en sont une autre. Mais le plus important est dans la conscientisation des citoyens qui ne se laissent plus rouler dans la farine.
L’esprit critique (trop peu cultivé à l’école et en éducation populaire) et le poids des micro-initiatives indépendantes des pouvoirs politico-institutionnels irriguent bien le tissu local, et sont les meilleurs garants du développement économique, culturel et social de La Réunion, dans une démocratie délibérative.

Le malheur est sans doute dans le silence social et politique des abstentionnistes qui ne croient pas encore que leur parole et leur action puissent faire bouger les lignes.
Parmi eux, les désespérés : ceux qui ne croient plus en la possibilité de la classe politique d’écouter leurs besoins de vivre et de survivre, et d’y répondre, en les consultant, avant de décider « pour eux » et « avec eux ».
C’est alors que la tentation est grande de refaire confiance à des personnalités ayant pu être marquées jadis par des affaires « jugées », les rendant inéligibles temporairement, avec l’illusion qu’ils pourraient être leurs sauveurs.
Des loups peuvent ainsi revêtir la peau de l’agneau, et se présenter habillés en rois-mages, pour nous mettre en boîte dans leurs coffrets, remplis de cadeaux trouvés au super-marché de la supercherie, légitimée par la défense de la « proximité », dans le sens de rester tranquillement « chez soi » où les politiques s’occuperont d’eux.

Face à eux, d’autres, « sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » (article 6 de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789) qui ont essayé ou qui veulent essayer de construire patiemment un « vivre ensemble », avec les citoyens, doivent « ramer » pour expliquer concrètement la différence entre démagogie et démocratie, dans une République basée sur la « liberté-égalité-fraternité ».
En France hexagonale, certains commentateurs laissent à penser que beaucoup de Français seraient tentés par le « bonapartisme » : des nostalgiques de l’empire Napoléonien dont on connaît les ravages pour notre démocratie.

Chez nous, il est légitime de s’interroger sur un retour, plus ou moins consciemment souhaité, au temps des maîtres, des gouverneurs, et des papas, qui maintiendront le bon ordre et le paternalisme individualisant.
Avant de voter dimanche, en nous forçant, s’il le faut, à sortir de notre abstention, inspirons-nous de l’appel aux électeurs, lancé le 22 mars 1871 par le Comité Central de la Garde Nationale (Commune de Paris) :
« Citoyens, ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisirez parmi vous, vivant votre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt, et finissent toujours par se considérer comme indispensables. Défiez-vous également des parleurs, incapables de passer à l’action. Ils sacrifieront tout à un beau discours, à un effet oratoire, ou à un mot spirituel. Evitez également ceux que la fortune a trop favorisés, car trop rarement celui qui possède la fortune est disposé à regarder le travailleur comme un frère. Enfin cherchez des hommes aux convictions sincères, des hommes du peuple, résolus, actifs, ayant un sens droit et une honnêteté reconnue. (…) Citoyens, nous sommes convaincus que si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire ; vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèrent jamais comme vos maîtres. »
(On ne parlait pas des femmes en 1871 ! Heureusement que ce temps-là est dépassé).

 Marc Vandewynckele 


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