Di sak na pou di

Baguette, je te pleure !

Témoignages.re / 12 mai 2011

Tu nous as fait vivre, tu nous as fait vibrer notre “fond ker”. Combien de fois je suis allé te voir à Saint-Leu. Tu tenais beaucoup à ton Festival Tempo, où marionnettes et musique s’entremêlaient.
D’école en école, tu allais transmettre ta création. Les enfants étaient heureux de t’entendre.
Je n’oublie pas, avec Yves Drouet, le directeur de la DRAC, nous sommes allés voir la naissance du papillon dans son cocon. C’était un moment d’intense émotion. Les enfants attendaient de voir apparaître ce papillon. Les enseignants s’en foutaient. Ce qui fut extraordinaire, c’est que les enfants, frustrés, se sont tournés vers les enseignants en criant « Chut, chut !... ». Par leurs cris, ils ont fait taire le brouhaha des enseignants. Le directeur était furieux, leur disant que, si cela ne les intéressait pas, qu’ils restent dans leur classe.
Deuxième événement : tu étais habitué à venir me voir dans mon bureau. Comme tu faisais près de deux mètres (tu étais basketteur), je voyais ta tête en premier. Si je n’étais pas occupé, je te faisais entrer immédiatement. Ce jour-là, tu étais triste, tu avais les larmes aux yeux, tu me racontais ton histoire : « Je sais que tu viens voir souvent mon spectacle, j’apprécie ta présence. Je commence et finis toujours en créole, le reste est en français. A peine ai-je commencé mon créole que la directrice m’a pris par la main et, avec mon équipe, nous a mis hors de l’établissement. (L’autocensure était encore de rigueur). J’avais beau m’expliquer, j’ai été quand même viré de son établissement ».
J’ai écrit au recteur, je lui ai dit ma désapprobation. Ce dernier a fait paraître une lettre aux directeurs des établissements, leur demandant de laisser aux artistes la liberté de s’exprimer.
Je te pleure aujourd’hui Baguette. Tu nous manques tant !
Bon Festival du Tempo à ton équipe qui a pris la relève !

Marc Kichenapanaïdou


Kanalreunion.com