Di sak na pou di

Baisse du coût du travail ou détournement de richesses ?

Témoignages.re / 3 janvier 2013

Dès le petit matin, la petite musique des chroniqueurs de radio nous cueille au saut du lit :

- Pour stopper la désindustrialisation du pays, nous expliquent-ils, il est indispensable de réduire le "coût du travail"… Nos pauvres cerveaux n’ont d’ailleurs aucune chance de passer au travers ! Le même refrain est distillé en boucle sur toutes les chaines d’information et repris en cœur par la presse grand public.

Or il s’agit d’affirmations plus proches d’élucubrations idéologiques que de la réalité économique…

En effet, la revue “Alternative économique” de novembre 2012, page 7, nous rappelle que les Français restent encore les plus productifs au monde :

« En 2012, un Français qui occupe un emploi aura produit (en moyenne) 75.000 euros de richesses, contre 63.000 seulement en Allemagne, et 65.000 dans la zone euro ».

Autre information passée sous silence, celle du Bureau "of Labor Statistics Américain (BLS)" qui précise : « En 2010, une heure de travail dans le secteur manufacturier coûtait 40,6 dollars en moyenne en France, contre 43,6 dollars en Allemagne ».

Donc, contrairement à ce que leur propagande veut faire entrer dans nos crânes, les Français produiraient plus de richesses ! Et le « coût du travail » dans l’industrie serait moins élevé en France qu’en Allemagne.

Tous ces chroniqueurs, économistes et autres "experts" qui quadrillent les médias ont-ils un intérêt quelconque à manipuler ainsi l’opinion ?

Malheureusement oui, vu leur implication dans le monde des affaires et de la finance. De plus ils cachent leur véritable casquette celle qui paie le plus. Elie Cohen, conseiller de François Hollande, se présente dans les médias comme professeur à Science Po, jamais comme membre du Conseil d’administration des entreprises Pages Jaunes ou EDF Énergies nouvelles… Daniel Cohen conseiller de Martine Aubry ne se montre jamais sous le titre de senior de la banque Lazard…

Pour en savoir plus, il suffit de lire "Les économistes à gages" de Serge Halimi, Renaud Lambert, Frédéric Lordon (publié aux Éditions qui libèrent LLL — Monde Diplomatique).

C’est pourtant limpide, la maladie de notre industrie ne vient pas d’une part salariale (salaire plus cotisations sociales) qui serait insupportable pour les entreprises.

L’origine du mal est ailleurs et les économistes critiques en font la liste dans des revues comme "Alternative économique"… Il suffit aussi de regarder les travaux des "Économistes Atterrés" pour comprendre l’aberration des politiques d’austérité menées par tous les gouvernements libéraux de droite et socialistes pour qui les citoyens votent. Et pour cause ! Les médias grand public ne livrent qu’une partie de l’information qui s’apparente le plus souvent à une publicité mensongère émanant des seuls économistes à gages.

Si au moins l’information était réellement pluraliste et déconnectée des puissances financières comme le proposait le programme de gouvernement du Conseil national de la résistance (CNR), nous n’en serions pas là !

Il n’empêche qu’à partir d’un mauvais diagnostic, notre président sans concertation aucune et alors qu’il demande des efforts à tous, va puiser 20 milliards dans les caisses de l’état pour les offrir aux amis du MEDEF : sans discernement et sans contre parties ! Cela pour faire baisser le "coût du travail" dans l’industrie, alors qu’il est déjà inférieur à celui de l’Allemagne ?… Absurde !

Il s’agit en fait d’un mauvais remède fondé sur un mauvais diagnostic qui au mieux ne servira à rien, et au pire, tuera le malade. Les économistes à gages seront félicités par leurs employeurs d’avoir réussi un transfert de richesse de 20 milliards de l’état vers la sphère financière. À méditer !

Didier Le Strat


Kanalreunion.com