Di sak na pou di

BTP : des patrons ringards

Courrier des lecteurs de Témoignages / 15 avril 2016

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On a un peu de mal à se croire au 21e siècle avec ce conflit social dans le BTP. Il est question de NAO (négociations annuelles obligatoires). Or, on assiste, médusés, à une série de provocations du patronat qui n’ont rien à voir avec des négociations. Des négociations qui supposent rencontres, échanges et dialogue. Mais annoncer de but en blanc que l’augmentation sera de 0 % avant tout échange n’est pas très habile. Lancer un ultimatum pour le même 0 % n’a rien à voir avec une négociation ! Depuis l’annonce du 0 %, le patronat a mis en avant la charge de la mutuelle obligatoire : pourquoi pas ? Mais cela aurait été plus pertinent d’en discuter tranquillement. Ce vendredi matin les médias font état d’une avancée avec 1,6 % concédés par le patronat. En attendant une nouvelle annonce. Était-ce vraiment très adroit de provoquer les syndicats ouvriers en lançant cet absurde 0 % si c’était pour céder ensuite ? Une formation aux tactiques de négociation s’impose pour ces patrons d’un autre âge !

Entre temps l’économie de l’île a été prise en otage et le président du Medef local a beau accuser le préfet de n’avoir rien fait pour assurer la libre circulation, il méconnait gravement les risques de dérapages qu’une telle action aurait généré. Il semble avoir échappé à Monsieur De Prince que les Réunionnais ont pris l’habitude d’exprimer leurs mécontentements en barrant les routes. Au point que le néologisme “grèver” en créole signifie barrer la route ! Certes, il existe d’autres moyens de se faire entendre mais, personnellement, je ne souhaite pas que notre île adopte la méthode corse, en dépit de sa redoutable efficacité !

Les patrons pleurent misère : cela fait partie du jeu. Mais il ne faut pas perdre de vue que les grandes entreprises fonctionnent sur la base de marchés publics qui incluent des clauses de révision de prix en cas de variation de prix des “intrants” (main d’œuvre, carburant, matériaux, engins, services, etc). En cas d’augmentation des salaires cela est répercuté sur la facture envoyée au maître d’ouvrage. Et ces entreprises ont depuis longtemps mécanisé leurs activités avec plus d’engins et moins de personnel, externalisé et sous-traité leurs activités.

Quant aux petites entreprises elles sont victimes de la sous-traitance en cascade, système capitaliste imposé par les grandes entreprises. Un système qui aboutit à ce que les gens qui font réellement le travail sur le terrain, en bout de chaîne, soient contraints de serrer leurs prix au maximum. Et là, il faut bien trouver des solutions pour que l’entreprise soit viable : sous-classement des ouvriers qualifiés payés comme manœuvres, travail non déclaré partiel ou total facilité par le chômage de masse, sécurité non respectée. Difficile de faire autrement. Mais une augmentation des salaires de 3 %, soit 60 euros par mois par salarié charges comprises ne semble pas hors de portée. Ces petites entreprises bénéficient depuis quelque temps de la baisse du prix des carburants qui est loin d’être négligeable et qui impacte les transports et le fonctionnement des engins et machines. Alors, quelques dizaines d’euros par mois par salarié ne vont pas les transformer en candidats à l’évasion fiscale dans un lointain paradis !

Charles Durand
Le Brûlé – Saint-Denis


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