Di sak na pou di

Cette machine aveugle et sourde

Témoignages.re / 27 janvier 2012

Ils l’avaient conçue et mise au point afin d’en tirer le maximum de profit. Sans penser réellement aux autres, ni aux innombrables dégâts qu’elle allait provoquer. En se servant au-delà de tout, préférant la spéculation à l’investissement, ils ont fini par faire craquer la machine jusqu’à provoquer la crise. Ce qui ne l’a pas empêché de continuer sa marche, frappant en premier les plus fragiles, laissant sur son passage une planète de plus en plus abîmée et une société profondément injuste : 20% de la population s’appropriant 82% des richesses ; 1 habitant sur 7, soit plus de 1 milliard d’hommes, de femmes et d’enfants, condamnés à mourir de faim ! Avec à ses commandes les dirigeants de la grande entreprise et de la haute finance, soutenus par les différents gouvernements, la cour qui gravite autour d’eux et qu’on appelle improprement l’élite, les médias chargés de répandre leur bonne parole en endormant l’opinion pour la détourner des problèmes réels, et par les grandes institutions comme le Fonds monétaire international (FMI), l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), la Banque centrale ou l’Union européenne. Ses plus fidèles défenseurs s’ingéniant à faire croire que le système qu’elle engendre est de loin le meilleur, par-dessus tout indépassable et fait pour durer de toute éternité. Tant et si bien que M. Alain Minc ne manque jamais de claironner : « Le capitalisme ne peut s’effondrer ; il est l’état naturel de la société. La démocratie n’est pas l’état naturel de la société. Le marché, oui ».
A ce stade de l’Histoire, il a raison. La démocratie en tant que telle n’existe pas, il faut l’inventer. Comme la justice, ainsi que l’expliquait il y a plus d’un siècle le philosophe Alain : « Ceux qui disent qu’il y a la Justice sont des menteurs, ou, plus souvent encore, des esprits faibles qui essaient de croire, alors qu’il s’agit seulement de connaître. La justice n’existe point ; la justice appartient à l’ordre des choses qu’il faut faire justement parce qu’elles ne sont point. La justice sera si on la fait. Voilà le fait humain. N’allez pas ajuster ici votre microscope ou votre télescope. Vous ne découvrirez pas la justice ; elle n’est pas ; elle sera si vous la voulez ».
En l’an 2012, nous voici confrontés au plus grand défi de l’Histoire : comment se libérer au plus vite de l’emprise du tout-marché pour ne pas subir la seule loi qu’ils connaissent : la loi de la jungle. Laisser les choses en l’état et se contenter de constater et de contempler en invoquant la Nature, la Providence, ou même Dieu est criminel. « Aide-toi, le Ciel t’aidera ! ». Jamais le proverbe n’a été aussi vrai.

Georges Benne


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