Di sak na pou di

Combattre la délinquance ou combattre la diversité au sein de la République, il faut choisir

Témoignages.re / 19 août 2010

« La France n’est plus une démocratie exemplaire », c’est ce qu’a déclaré récemment un expert de l’ONU issu du Comité de lutte contre les discriminations raciales, à la suite des différentes déclarations des membres du gouvernement français sur la montée de l’insécurité en France.

« Français ou voyou, il faut choisir » a déclaré Christian Estrosi, ministre de l’Industrie, le 8 août dernier en soutien à la politique défendue par le président de la République sur la déchéance de la nationalité des « Français d’origine étrangère ».

Cette mesure vient juste après le scandaleux amalgame qui a été fait par le président entre les Roms, Européens somme toute, et la délinquance, et fustigé par une partie de la classe politique.

Le gouvernement Fillon-Sarkozy nous donne clairement son éclairage politique de la montée de l’insécurité en France : elle a pour unique cause l’immigration ou les « Français issus de l’immigration ». Pour notre gouvernement, immigration et délinquance sont si étroitement liées que les seules mesures prises pour combattre la délinquance aujourd’hui en France ont pour cible unique les « Français d’origine étrangère ». Des mesures bien spécifiques, pour ne pas dire stigmatisantes à destination d’une partie de la population. Ce qu’il importe de relever dans l’expression « Français d’origine étrangère », c’est la césure qui est faite entre les citoyens Français : les Français d’une part, et les « Français d’origine étrangère », d’autre part.

Jusqu’à maintenant, cela était resté purement terminologique, des « tics de langage » pour Nicolas Sarkozy, ce même président qui dénonce tant le repli communautaire et le refus de l’ « intégration »

La Constitution pose en effet des gardes fous : notre droit français ne connaît que les Français, et ce, “sans distinction de race, d’origine ou de religion”.

Mais voilà que notre président veut traduire en actes ses abus de langage. Il veut en effet prévoir une loi qui officialise une distinction entre 2 catégories de Français : ceux qui sont “Français” et ceux qui sont “Français d’origine étrangère”. Cette loi devrait prévoir pour ces derniers et pour eux seuls la déchéance de la nationalité française dans le cas où ils porteraient atteinte à une personne dépositaire de l’autorité publique. Pour les autres, je veux dire, ceux qui sont considérés comme étant “VRAIMENT” Français, un tel délit ne remettrait pas en cause leur nationalité. Ceux-là auront toujours le droit de se voir appliquer les dispositions du Code pénal. En d’autres mots, désormais, seule une certaine catégorie de citoyens français pourra se prévaloir du droit français. Ceux qui sont vus comme les “faux ” Français, ou qui sont stigmatisés : “Français sur le papier”, quant à eux, bien qu’ayant la nationalité française, n’auront plus les mêmes droits que les autres. Pour le même délit, la sanction sera différente, pour ne pas dire suprême : la perte de nationalité. Le droit à la nationalité est un droit fondamental duquel même les violeurs et les assassins ne sont pas privés. C’est pourtant ce qui risque d’arriver à une certaine catégorie de Français si elle avait le malheur d’être “d’origine étrangère”…

Clairement, cette mesure instaure des discriminations entre les Français au regard de mêmes crimes, de mêmes infractions, selon l’origine de la personne.

Que faire de cette Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789, socle des droits fondamentaux, dont la France est fière de se réclamer, et qui proclame : “Les Hommes naissent et demeurent libres et égaux en droit” ? Et que dire de la Convention européenne sur la nationalité qui énonce : “Nul ne peut être privé arbitrairement de sa nationalité” ?

Un homme, fut-il président, peut-il saper toute cette construction historique à des fins électoralistes et d’instrumentalisation de la montée du sentiment d’insécurité ?

Soyons attentifs à ce que ce climat xénophobe ne déteigne pas sur notre société multi ethnique, qui a su s’unir autour des valeurs de respect et de tolérance. La Réunion doit être un rempart contre ce racisme ambiant.
Si l’on appliquait le même régime aux membres du gouvernement : « Français ou voyou, il faut choisir », c’est-à-dire si l’on déchoyait de la nationalité française tous ceux qui agissent dans le mépris total des lois républicaines, beaucoup deviendraient apatrides : conflits d’intérêts, évasion fiscale, délit de favoritisme, propos racistes et incitant à la haine raciale, tous les jours, les exemples pullulent de violation des lois par nos Hommes de la République.
Nous disons : « Combattre la délinquance ou combattre la diversité au sein de la République, il faut choisir ».
Cette approche ethnique de la délinquance, en plus de réduire la question de la délinquance à l’origine ethnique, met en péril toute cohésion sociale et organise une hiérarchisation des citoyens français digne du début de l’Allemagne nazie des années 30.
Au lendemain du discrédit jeté sur le gouvernement à la suite de l’affaire “Woerth-Bettencourt”, en plein débat sur la réforme des retraites et de mise en œuvre d’une politique d’austérité, n’est-ce pas là une façon mesquine d’éluder les vrais débats et de nourrir les vieux relents haineux et racistes ?

Emilie Assati, pour le collectif Non au racisme ! Respekt a nou !


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