Di sak na pou di

Consommez ! La facture suivra

Témoignages.re / 6 mars 2012

Au-delà des analyses des économistes, sociologues et autres intellectuels, la réalité du malaise social est plus prosaïque. L’immense majorité des familles éprouve un sentiment de noyade face aux dépenses qui les submergent. Pourquoi ? Tout simplement parce que nous sommes obligés de dépenser sans pouvoir compter. Ainsi, la plus grosse dépense, le loyer, augmente tous les ans à l’insu de notre plein gré ; de même pour les charges décidées par le bailleur : le locataire n’a pas son mot à dire. A combien s’élèvera la « facture » ? Il faudra payer !
Pour l’eau, il suffit d’ouvrir les robinets (mes excuses pour les Tamponnais), mais quand la facture arrive, c’est la douche froide, surtout quand s’ajoutent à l’abonnement habituel et à la consommation, de multiples taxes rarement annoncées. De plus, quand on est dans un immeuble, il est souvent impossible de suivre sa consommation : le compteur est inaccessible dans la « colonne humide ». Il faudra payer ! Pour l’électricité, sauf à être un maniaque de la lecture du compteur, les appareils consomment, les lampes aussi, mais combien ? Quand la facture arrivera, plusieurs mois après la consommation : Aïe ! La mauvaise surprise.
Là encore, des taxes apparaissent subrepticement. Il faudra payer ! Pour les ordures ménagères, la douloureuse arrive en septembre, jamais en baisse. Il faudra payer. Pour les téléphones, cela dépend de votre « formule », mais gare aux portables qui se connectent sur Internet à l’insu de votre plein gré. Il faudra payer ! Comble de luxes : vous prenez une mutuelle santé et une assurance habitation. Jamais de baisses, l’Etat et la Sécurité sociale y veillent ! Il faudra payer ! Quant aux banques elles vous taxent sans prévenir et sans aucune justification… Il faudra payer ! Et gare à ceux qui sont noyés sous toutes ces dépenses incontrôlables : pénalités, fermeture de compteur, refus de prestations pleuvent comme à Gravelotte.
Pire, tous ces organismes en profitent pour se remplir les poches sur votre dos : à croire qu’ils s’organisent pour vous pousser à des consommations, aussi invisibles qu’incontrôlables, de façon à vous taxer encore plus lourdement si vous êtes défaillant.
Surtout ne tombez pas dans le piège du crédit qui « tue », le bien nommé revolving car là encore il faudra payer ! Sans fin ! Vous êtes plus que noyé, vous êtes au fond ! Alors il vous reste à vous serrer la ceinture : nourriture et habillement constituent la « variable d’ajustement » comme on dit pour faire chic. Oublions loisirs, voyages et culture : c’est pour les autres…
Assez curieusement, aucun des experts qui s’expriment ne suggère de permettre aux familles de maîtriser leurs dépenses AVANT de consommer. Au 21ème siècle, les progrès de la domotique devraient s’orienter vers le contrôle en temps réel des consommations de toute nature. Des dispositifs d’alerte en cas de consommation anormale doivent être mis à disposition des consommateurs. Les charges locatives devraient être négociées avec les locataires et pas imposées sans discussion, c’est trop facile pour les syndics qui se « gavent ». De même pour les mutuelles et les assurances : pas d’augmentation sans accord préalable.
Les banques ne devraient pas pouvoir prélever impunément ce qu’elles veulent sur votre compte (une révolution !). Les frais et autres pénalités devraient être encadrés de façon à ce que les fournisseurs n’aient aucun intérêt à ce qu’ils se multiplient. Je rêve, me direz-vous ! Je ne suis pas le seul : quand l’ARCP propose la réglementation des prix, c’est incompatible avec notre intégration dans l’Europe et quand bien même cela verrait le jour, il faudrait décupler les moyens de contrôle. Jusqu’en 1982 les prix étaient réglementés… mais faute de contrôles les prix dérapaient déjà sévèrement. Quant au renforcement des effectifs du service de la Concurrence, cela relève du vœu pieux. Quoi qu’il arrive, il faudra payer !

Charles Durand
Le Brûlé – Saint-Denis


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