Di sak na pou di

COP 21 : La Réunion devait être exemplaire

Témoignages.re / 8 décembre 2015

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Le réchauffement climatique ce n’est pas seulement la fonte des glaces et la disparition de l’ours blanc. Selon l’ONU, c’est aujourd’hui plus de 400 000 morts par an et 22 millions de réfugiés climatiques victimes de cette augmentation de température. Il ne s’agit donc pas seulement de laisser à « nos enfants et petits enfants » une planète vivable, comme on l’entend souvent, mais il s’agit d’arrêter tout de suite ce phénomène de surchauffe, car notre terre est déjà malade. De surcroit, cette maladie est parfaitement inégalitaire sur notre planète, les plus pauvres « réchauffent moins » mais souffrent plus, et les plus riches « réchauffent plus » et souffrent moins. Ainsi, 10 % des plus riches sont responsables de 50 % des causes du réchauffement climatique.

Aujourd’hui ces chiffres sont incontournables, et pourtant un des écueils importants de la 2e semaine de la COP21 est la récolte des 150 milliards de dollars indispensables pour soutenir les efforts des pays les plus pauvres et lutter contre les méfaits de ce réchauffement (reboisement, usage d’énergie renouvelables, etc.). Ces 150 milliards représentent une somme dérisoire au regard des 1000 milliards qu’investissent chaque année les nations en faveur des énergies fossiles (Pétrole, gaz, charbon). On le voit la question aujourd’hui n’est donc pas financière mais relève d’un choix éminemment politique. Veut-on poursuivre vers du productivisme forcené de ces dernières années et de la consommation frénétique des pays riches qui condamnent la planète à une élévation de température supérieure au 1,5°C fatal ? Ou, mettons-nous en place d’autres politiques pour une société où la croissance est remplacée par l’intérêt général considérant l’homme avec ses besoins fondamentaux dans un environnement naturel à préserver.

Dans ce brouhaha de la COP21, il convient donc de dénoncer la réelle sincérité de nos gouvernants. Les discours de tous les Présidents à l’ouverture de la COP21 étaient remplis d’émotion, de partage de valeurs humanistes et écologiques. Pourtant, force est donc de constater que cette COP21 est intrinsèquement un leurre au niveau de son organisation. Le ver est dans le fruit. Toutes les grandes multinationales qui gravitent autour des énergies fossiles Total, Engie, EDF, Monsanto… sont les invités de marque et les sponsors de cette manifestation. Or nous savons que les nations doivent agir sur les 90 entreprises qui à elles seules sont responsables des deux tiers des émanations de gaz à effet de serre.

A contrario, les citoyens qui veulent faire entendre leurs voix sont frappés par la violence des charges policières sous prétexte d’état d’urgence comme le montre la chaine humaine pacifique du 29 novembre à Paris, et quand d’autres citoyens écologistes sont assignés à résidence… Magnifique Gouvernement français qui par son Ministre des affaires étrangères, maître de cérémonie, se permet de sommer les Etats de rédiger un accord mais qui quelques jours auparavant annonce le redémarrage de l’aéroport de Notre Dame des Landes exemple de ces « grands travaux inutiles » dont on connait la consommation gloutonne en énergie.

La Réunion elle aussi va accroitre le réchauffement climatique à cause du choix de la NRL, consécration du tout-automobile dévoreur de pétrole, avec sa pollution, ses embouteillages et les maladies respiratoires alors que les transports en commun sont toujours aussi rudimentaires. De plus, les rotations incessantes de camions provenant des carrières et autres ramassages d’andins sont une catastrophe écologique pour notre île, tout comme les milliers de mètres cubes de béton coulés. Seules les entreprises multinationales du chantier en tireront un véritable bénéfice.

La valorisation des déchets devrait être le fer de lance d’une nouvelle approche du traitement de nos ordures afin de créer des emplois locaux par le recyclage et les ressourceries, lieux de transformation des résidus, mais il n’en est rien puisque le projet de création de deux incinérateurs semblent encore d’actualité sur notre territoire. Ces machines à brûler sont en totale opposition avec des changements de comportement et inciteront à toujours plus de consommation pour alimenter ces fours, d’autre part, leur construction sera aussi particulièrement énergivore par les volumes importants de béton nécessaires. La Réunion était promise à être une région pilote en matière d’énergie renouvelable. Aujourd’hui nous sommes relégués au rang des mauvais élèves alors que notre environnement nous offre le solaire, la géothermie, l’hydro-motricité, l’houlo-motricité…

La COP21 aura eu quand même un intérêt majeur en sensibilisant aux nécessités de prendre en compte le réchauffement climatique et de fédérer des actions citoyennes telles qu’Alternatiba qui a réuni près de 5000 personnes à La Réunion. Mais nous savons que l’action reste à mener pour faire plier nos gouvernants vers des projets de société sobres et hors des lobbys financiers. En tant que citoyen nous pouvons agir en dénonçant par exemple les Paradis fiscaux et fraudes fiscales qui représentent près de 2000 milliards d’euros à l’échelon européen, autant d’argent perdu par les Etats qui pourraient être investis dans les énergies renouvelables et autres projets citoyens. De même individuellement, pourquoi ne pas choisir de placer notre argent dans de vraies Banques Coopératives Solidaires (NEF par exemple) et aider ainsi directement à la mise en œuvre de projets positifs pour la planète. Agir par nous-mêmes et influer sur le politique est notre seule chance pour sortir de cette situation mortifère où nous engagent les accords de libre échange (comme le TAFTA entre les USA et l’Europe) et leurs productivismes destructeurs pour l’homme et la nature.

Didier Bourse, ATTAC Réunion


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