Di sak na pou di

Coupable connivence

Témoignages.re / 18 janvier 2011

Si l’on avait annoncé aux touristes qui viennent chaque année par milliers y passer leurs vacances, qu’une révolution violente allait éclater et chasser du pouvoir un président tyrannique et corrompu, ils n’en auraient pas cru un seul instant leurs yeux tant le pays était partout réputé pour son image d’« oasis de paix et de tranquillité » et pour ses « traditions d’ouverture et d’hospitalité ».
« Avec un revenu national par habitant de 2.000 dollars, la Tunisie est sans doute l’Etat d’Afrique où la majorité de la population vit le mieux, pouvait écrire Ignacio Ramonet, dans ’’Le Monde diplomatique’’ de juillet 1996, les inégalités y sont moins cruelles qu’ailleurs sur le continent, et à peine un habitant sur vingt vit au-dessous du seuil de pauvreté. La croissance annuelle dépasse les 4% ; l’inflation est inférieure à 5% ; le déficit budgétaire reste minime ; le nombre d’enfants scolarisés est semblable à celui des pays développés et la participation des femmes aux divers aspects de la vie publique est la plus importante de tout le monde arabe. »
Mais il n’avait pas caché pour autant les réalités d’un pouvoir dictatorial qui ne voulait pas dire son nom. Car dès son accession à la tête de l’Etat en 1987, le président Ben Ali entendait gouverner sans partage, à son profit exclusif, à celui de sa famille, notamment de sa deuxième épouse et de ses proches, les Trabesi, et à celui des clans à sa dévotion. Inexorablement, un régime policier se mettait en place, qui dura plus de vingt-trois ans, s’appuyant sur l’armée et sur la police, dont l’effectif était passé très vite de 20.000 à 80.000. Hors son propre parti, le Rassemblement constitutionnel démocratique, (RCD) toutes les formations politiques furent interdites, les militants arrêtés, jugés par des tribunaux militaires, sévèrement condamnés, emprisonnés, torturés, chassés, exilés. Les médias qui ne reflétaient pas fidèlement l’opinion officielle, journaux, radios, télévision, internet furent censurés, muselés Cependant que la corruption gagnait du terrain et gangrénait tous les rouages de l’Etat.
L’étonnant, c’est le silence assourdissant qui a entouré toutes ces pratiques intolérables, cette répression continuelle, ces violations permanentes des droits de l’Homme... Longtemps, trop longtemps, les pays occidentaux, ceux de l’Europe en particulier, ont gardé le silence, refusant de condamner même les abus les plus flagrants dénoncés par Amnesty International ; ils ont fermé les yeux et bouché les oreilles, affichant une complaisance et une complicité que l’Histoire jugera. Hypocrites démocraties, les premières à vouloir donner des leçons aux autres nations du monde ! Et pourtant Ignacio Ramonet avait vu juste quand il lançait cet avertissement qui, à quelque quinze ans de distance, prend un caractère prémonitoire : « Cette main de fer permet, pour l’instant, à M. Ben Ali de gouverner par la peur. Mais toute dictature n’a-t-elle pas le don de fomenter inévitablement la résistance des citoyens ? »

Georges Benne


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