Di sak na pou di

Création d’un musée pour la prison Juliette Dodu

Courrier des lecteurs de Témoignages / 16 octobre 2014

Madame la Ministre de la Justice,

En 2008, la plus vieille prison de France, surnommée « la honte de la République » a enfin fermé ses portes. Au cœur de la ville de Saint Denis, la prison Juliette Dodu restera comme le témoin de pierres et de souffrances d’une partie oubliée de l’histoire réunionnaise. Mais dans quelques mois si rien n’est fait, ce lieu de mémoire sera détruit.

Regroupé au sein d’un collectif d’origines, d’identités et de générations différentes, nous avons décidé de nous mobiliser pour sauvegarder la mémoire de ces murs et de ces âmes emprisonnées qui y ont vécu. Par cette lettre, nous demandons votre soutien moral pour transformer ce lieu, propriété du ministère de la justice, en musée vivant de la mémoire des prisonniers de l’île, qu’ils aient été esclaves, engagés, hommes ou femmes libres.

Le poète martiniquais Edouard Glissant disait « Chacun de nous a besoin de la mémoire de l’autre, parce qu’il n’y va pas d’une vertu de compassion ou de charité, mais d’une lucidité nouvelle dans un processus de la Relation. Et si nous voulons partager la beauté du monde, si nous voulons être solidaires de ses souffrances, nous devons apprendre à nous souvenir ensemble ». C’est de cette responsabilité du souvenir commun que nous appelons à votre soutien aujourd’hui.

Dans les pages du dossier que nous vous remettons avec cette lettre, vous trouverez les détails de ce projet, ses raisons d’être, sa méthodologie, mais surtout ses ambitions, que ce soit en termes de projet de recherche, de création d’un lieu culturel vivant, de lieu touristique, ou encore de source d’emplois. Il s’inscrit dans le cadre d’un mouvement plus large de sauvegarde du patrimoine matériel et immatériel des prisons, comme celle de Kilmainham en Irlande, d’Ulucanlar en Turquie, de Serkadji en Algérie ou encore de la célèbre prison d’Alcatraz dans la baie de San Francisco.

Madame la Ministre, vous avez prouvé pendant votre mandat de député que vous aviez une conscience aigue de l’importance de la mémoire. Et vous nous prouvez tous les jours, à travers votre action, que la justice n’est noble que si elle est défendue avec ardeur et passion. Alors comme Jaurès qui disait de la justice qu’elle est « cette étincelle divine qui suffirait à rallumer tous les soleils », nous vous demandons aujourd’hui votre soutien pour que les ombres oubliées du passé se transforment en lumières de notre avenir, éclairant notre présent à tous.

Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.

Collectif pour la Mémoire de la Prison Juliette Dodu


Kanalreunion.com