Di sak na pou di

Croire, non pas au Père Noël, mais en une autre politique

Témoignages.re / 19 février 2013

Répondant dans le “JIR” à un des mes courriers de lecteur, M. Hubert Villedieu s’inscrit en faux contre ceux qui croient comme moi que la France n’est pas en faillite, mais que c’est la politique menée qui n’est pas la bonne. Il en profite pour faire l’apologie de l’Allemagne, pour s’en prendre aux élus et aux impôts (facile !) et prône comme solution le rééquilibrage de la balance commerciale.

Merci à M. Hubert Villedieu de participer au débat d’idées. Faute de place, je lui répondrai sur l’Allemagne et la France.
Comme beaucoup d’autres, il encense l’Allemagne, qui serait un modèle à imiter. C’est vrai que la plupart des indicateurs de ce pays sont au vert. Il reprend une vieille idée que c’est le résultat de la politique de Gerhard Schröder (qu’il appelle M. « Schreudeur », curieux pour un connaisseur de l’Allemagne !). C’est un peu court : si l’essor allemand est dû en partie à la politique de compétitivité de ce dernier, il résulte aussi et surtout des relations asymétriques existant dans la zone euro, bâtie à partir du mark, entre l’économie allemande dominante et les économies européennes périphériques. Et à la demande des pays émergents en machines-outils et en voitures haut de gamme.

Si l’Allemagne va bien, ses voisins et les Allemands vont mal. Les excédents et la bonne santé industrielle de l’Allemagne sont en grande partie le déficit et la désindustrialisation des autres, dont la France. Elle tire avantage de la crise : elle emprunte à des taux d’intérêt très bas, négatifs même une fois l’inflation déduite. Elle a ainsi économisé 70 milliards d’euros depuis 2008 sur les intérêts de ses emprunts, somme qu’il convient de rapprocher des 55 milliards qu’elle prête à la Grèce, à l’Irlande et au Portugal dans le cadre du Fonds Européen de Stabilité Financière.

Enfin, l’Allemagne n’est pas l’Eldorado décrit par M. Villedieu : entre 2005 et 2010, alors que la pauvreté augmentait en moyenne de 0,3% en France, elle s’envolait en Allemagne avec +3,4%. L’explication est à rechercher dans le grand nombre de travailleurs pauvres : plus de 4 millions de salariés allemands touchent moins de 7 euros l’heure, résultat de la politique d’austérité salariale, de TVA sociale, de flexibilisation du marché du travail de G. Schröder que tout le monde encenserait, selon M. Villedieu.

L’Allemagne n’est pas à imiter, pas plus que le modèle anglo-saxon que des dirigeants français encensaient hier. Dans la mondialisation, chaque pays doit jouer de ses avantages comparatifs et compétitifs. Ceux de la France ne sont pas les moindres, mais c’est un autre débat.

Pour nous faire avaler une politique d’austérité, certains, dont M. Villedieu, prétendent que la France est en faillite. Pour les besoins de sa démonstration, il s’appuie sur des affirmations erronées comme « les investisseurs internationaux considèrent la France comme un pays à éviter ». Rien n’est, évidemment, plus faux : en France, un emploi industriel sur quatre relève des investisseurs étrangers qui contrôlent par ailleurs 43% des entreprises du CAC 40. En 2012, selon Ernst & Young, la France reste, derrière le Royaume-Uni et l’Allemagne, le troisième pays européen le plus attractif pour les investissements étrangers. Mieux encore, les marchés lui font des taux imbattables : en 2012, l’État a emprunté 178 milliards d’euros au taux moyen de 1,86%. Du jamais vu : entre 1998 et 2007, avant la crise, la France s’était financée en moyenne à 4,15% !

Avec l’INSEE et tous les organismes qui s’occupent de la comptabilité nationale, je persiste et signe que la France, 5ème puissance mondiale, n’est pas en faillite, ne sera jamais en faillite. Je constate cependant avec M. Villedieu que les comptes publics sont dans un état déplorable. Encore faut-il en rechercher les causes : une politique fiscale qui, pendant des décennies, a favorisé les riches et pressuré les classes moyennes, le sauvetage des banques suite aux errements de la finance, la relance de l’économie…, pendant que les rentrées fiscales se réduisaient comme une peau de chagrin en raison de la crise et des politiques d’austérité.

Même le FMI et l’OCDE demandent une atténuation des politiques d’austérité qui ne débouchent que sur la récession, le chômage, l’augmentation des déficits publics qu’elles sont censées combattre. La croissance en France a été nulle en 2012. Selon le FMI, de 2013 à 2014, les mesures d’austérité coûteront à notre pays 1,4 point de croissance. C’est mortifère pour l’activité et l’emploi. Cherchez l’erreur.

Wilfrid Bertile


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