Di sak na pou di

De l’art de contourner les règles...

Témoignages.re / 10 septembre 2010

En a-t-il fallu des gens compétents pour élaborer le Plan local d’urbanisme de la Ville de Saint-Denis ? Les représentants du service départemental d’Architecture, des monuments historiques, des services d’Urbanisme de la Mairie qui ont en outre bénéficié des avis éclairés du CAUE et de la DDE.
Ces spécialistes éminents ont mûrement réfléchi, ont analysé la trame urbaine de Saint-Denis et ont décidé qu’à côté des monuments historiques à protéger, il y avait des îlots, des maisons, des édifices commerciaux qui présentaient un intérêt patrimonial et esthétique et qu’il fallait les préserver pour les générations futures ; et si par malheur ces maisons étaient détruites, on se devait de les reconstruire à l’identique.
Le postulat de départ était de sauvegarder un patrimoine, une histoire, une identité, une âme urbaine. Les grands principes établis en concertation ont été approuvés, votés et sont toujours valables aujourd’hui.
Sauf qu’aujourd’hui, sous la pression foncière, immobilière, spéculative tout cela a été dénaturé. Le PLU a été vidé de son sens par ceux-là même qui sont chargés de le faire appliquer. Avec le PLU il y a eu des arrangements ; petits d’abord, jusqu’au jour où est né dans un « génial » cerveau le style néo-créole.
Ce style florissant depuis une dizaine d’années est le summum de l’art du camouflage et du faux-semblant : là où il y avait une case créole, on fait place nette. Sur le devant, on monte une petite maison en béton ; avec quelques planches de bois on la camoufle ; quelques lambrequins par-ci par-là, un coup de peinture et le tour est joué. On peut alors monter à l’arrière, en toute impunité, des immeubles jusqu’à R+2+ combles. C’est ce qui a été fait à la place du restaurant Georges dans la rue de Villeneuve, ce qui a été fait pour France-Télécom dans la rue Jean Chatel, ce qui se fait en ce moment presqu’à l’angle de la rue Sainte-Anne et Juliette Dodu, ce qui est tenté pour la maison De Palmas.
Ni l’implantation, ni le mode de construction, ni la répartition intérieure n’ont été respectés : au point de vue du patrimoine, au point de vue esthétique on n’a rien préservé ; le PLU a été foulé aux pieds et le résultat final est la négation de l’histoire et une dénaturation complète de l’architecture créole.

Robert Gauvin
Au nom du collectif pour la défense du patrimoine réunionnais
Blog à consulter : dpr974.wordpress.com


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