Di sak na pou di

De la responsabilité et de la lutte

Témoignages.re / 10 juillet 2014

La question de la place du travail dans la société et de sa pleine reconnaissance en soi traverse la société.
Le mal être au travail s’accroît, et comme le travail structure la vie de tous les jours ce mal être devient mal vivre et sociétal. L’absence de travail (dé) structure.
La crise voit s’affronter plus fortement les contradictions notamment celle capital/ travail.

Une expression très crue du directeur de la Cilam image parfaitement cette dernière : « l’an dernier, les grévistes étaient nombreux, nous avons négocié. Mais cette fois ci, ils le sont beaucoup moins. On ne va pas négocier ». Au delà, ce que peut contenir de tels propos d’anti salarié, de morgue à l’égard du petit peuple ! D’instinct et de conscience de classe !
La lutte des classes faite par le patronat de façon convaincante. La négociation à chaud : y a que ça de vrai !

La situation de La Réunion et de beaucoup de Réunionnais va de mal en pis. La Réunion est à la croisée des chemins. Les enjeux mondiaux, européens, nationaux et locaux sont là devant elle. Et la Responsabilité est convoquée derechef.

Le patronat a-t-il l’apanage de la responsabilité au regard du développement de l’île. Son patriotisme est-il à l’ordre du jour au moment où la bataille du développement est posée avec acuité ?

Après nos 40 glorieuses qui a vu les inégalités s’accroître, la « crise » (les guillemets parce qu’il faut parfois s’entendre sur ce dont on parle) est utilisée par le patronat pour peser sur les salaires et les conditions de travail. Le postulat que le travail est un coût, qui plus est élevé, implique de le baisser fortement. Et de détourner son regard du coût du capital.

Utilisée aussi pour la sempiternelle exigence d’assistance : des sous et la liberté du renard dans le poulailler.

Après la loi dite de sécurité de l’emploi (LSE), le pacte dit de responsabilité concocté entre le gouvernement et le patronat menaçant la protection sociale et les services publics ; les reculades du gouvernement sur les seuils sociaux, le code du travail, le temps partiel, la pénibilité (les réunionnais peuvent travailler sous 35° à l’extérieur selon la FEDOM puisqu’ils sont habitués aux fortes chaleurs) pour attirer le Medef à la Conférence Sociale, ont abouti...au boycott de la CGT, de FO et de la FSU, Solidaires n’y étant pas invité. C’est un échec retentissement pour le gouvernement socialiste.

Et de quelle surenchère qu’il faut savoir arrêter parle M. Hollande ? De l’a-plaventrissement indécent devant le capital ? En quoi M. Manuel Valls peut il jouer le matador en matière de responsabilité ? La posture est facile pour quelqu’un prenant en otage la Gauche et son avenir pour faire taire les critiques de sa politique d’austérité venant de son propre camp. Cette gauche là, nous n’en voulons pas ! C’est la mort de la Gauche.

Entre « nos » petits artisans et le patron de la PME d’une part et la société transnationale d’autre part, il y a plus que des différences.
Les effets de la crise sont supportés aussi par le petit patronat : l’artisan et la TPE sont les victimes de la société donneuse d’ordre. Par un réseau de sous traitance en cascade, les gros externalisent les risques sociaux et financiers sur le sous traitant.
L’artisan est prisonnier de sociétés qui exportent leur argent à la maison mère. Et prive le territoire des richesses produites sur son sol.

La moralisation des sous traités fait partie de la structuration des branches, elle doit permettre de libérer nos sous traitants, de poser en de meilleurs termes la négociation, de structurer la profession et les métiers, de desserrer l’étau des STN sur notre île.

L’enjeu de Port Réunion comme acteur du développement de l’île n’est pas la préoccupation première des acconiers : ils se contentent aisément du marché captif et ne s’intéressent guère à faire de Port Réunion un hub.
Le récent conflit de la Sermat a été l’occasion d’une lourde condamnation par le plus haut représentant du patronat à La Réunion de la CGTR... qui a dénoncé la politique de rente des acconiers.
Les cris d’orfraie du patronat sur la prise d’otage de La Réunion sonnent faux. Qui prend qui en otage ? Le président du Medef serait il complice de cette politique qui tourne le dos à la vocation du Grand Port ?

Prise d’otage également de La Réunion dans le conflit de la Cilam où la CGTR a été la cause de tous les maux. Et le Medef and Co d’appeler la maréchaussée à donner de la matraque.
Qu’en est il de la nébuleuse qu’est la Cilam, forte consommatrice des deniers publics, tenue de main de fer par certainement une des franges les plus réactionnaires du patronat ? Des relations croisées entre le monde de l’industriel, celui de éleveurs et des laitiers, des coopératives ?
Une chose est connue : la Cilam va très bien et les fruits du travail sont inégalement répartis. Peut être est ce pour cela que l’an dernier la direction proposait en missouk au représentants syndicaux de l’argent en échange de leur non recours à l’expertise des comptes ?
Encore une fois qui prend qui en otage ?

La SNCF, les intermittents du spectacle, la Sermat, la Cilam : la criminalisation de l’action syndicale est en cours alors qu’au delà des enjeux d’une juste répartition des fruits du travail, des enjeux de service public, d’aménagement et de développement du territoire, de valorisation de la culture y sont posés.
Le patronat montre les dents, le gouvernement les blanchis et les affutent. C’est à une autre société que nous convient le capital et ses séides. Une société du chacun pour soi et d’effacement des valeurs solidaires. Une société où entre le riche et le pauvre c’est la liberté qui opprime et la loi qui libère.

Ivan Hoareau
Syndicaliste


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