Di sak na pou di

Démocratie et Education

Témoignages.re / 18 septembre 2012

L’Histoire nous raconte que la démocratie est fragile.
Un regard vers le passé nous persuade qu’elle est bien le résultat de sacrifices et de don de soi, un acquis fruit des différents processus de civilisation et d’humanisation des sociétés.
L’Education nationale et l’Education populaire contribuent à faire vivre et à consolider cette démocratie.
Si nous connaissons assez bien l’Education nationale, « 1re école de la République », combien sommes-nous à connaître les actions de l’Education populaire, « 2ème école de la République » ?
Elle est si humble et modeste par essence qu’elle communique peu et hésite à parler d’elle.
Elle existe pourtant dans nos quartiers, autour de nos écoles, sur les terrains sportifs, dans l’organisation de nos loisirs. Elle est généralement portée par les associations telles que l’AREP, la Ligue de l’Enseignement, les Francas, l’ARCV, les CEMEA… Elle se distingue par ses mille facettes et ne peut se résumer à une simple définition. Elle est pour de nombreux auteurs et militants, « une éducation au vivre ensemble dans une société laïque », « une éducation pour donner envie de connaître l’autre et partager les valeurs républicaines » ; « une conception citoyenne visant à donner à chacun l’instruction et la formation nécessaires pour devenir un acteur capable de participer à la vie du pays »
Le moyen structurel propre à l’éducation populaire est « la vie associative volontaire à but non lucratif, elle-même subordonnée à l’existence d’un temps libre réel pour les citoyens qui veulent y participer ».
C’est donc une éducation au sein du "temps de loisir", par la pratique volontaire de la vie de groupe, la confrontation, le partage.
Ainsi l’éducation, à la fois celle de l’école de la République et celle de l’Education populaire, construira le citoyen, celui qui défendra les éléments incontournables d’une vie démocratique, la liberté d’expression la plus large possible, l’organisation d’élections libres, un système judiciaire juste, rapide, le même pour tous, apte à répondre aux attentes des citoyens. L’égal accès de tous à l’éducation et à la santé.

Mais ces libertés citoyennes si généreuses et ouvertes sont, par leur essence même, soumises à de fortes pressions qui font naître le sentiment, que la démocratie recule.
Ces mêmes libertés profitent aussi à ceux qui rejettent le fondement et les valeurs sur lesquelles la démocratie se construit la mettant ainsi en péril.
C’est là un dilemme constant, mais une démocratie ne peut limiter la liberté d’expression. Ce pour quoi la démocratie doit se doter d’outils pour assurer sa survie.
L’éducation s’impose bien comme l’outil le plus pérenne.
Karl Popper, philosophe, souligne que « l’éducation est nécessaire dans toute société civilisée, et que les citoyens d’une telle société, c’est-à-dire les citoyens civilisés, qui ont un comportement civique, ne sont pas le produit du hasard, mais d’un processus éducatif... »
Ce n’est, en effet, pas par un processus dû au hasard qu’une société fait de ses habitants des citoyens éclairés, soucieux de valeurs républicaines et du vivre ensemble.
Ainsi il s’agit d’agir sur 2 leviers : L’Education nationale et l’Education populaire.
Même si le premier ne se donne pas assez de temps pour l’enseignement des valeurs du vivre ensemble et de la citoyenneté, cette première école de la République est un formidable outil d’émancipation et de libre pensée.
Malheureusement ces dernières années, cette Education nationale a été largement appauvrie par une simple vision mathématique, loin de toute sensibilité républicaine, en dehors de toute ambition citoyenne.
Le deuxième levier, l’Education populaire, s’est toujours donnée comme mission la transmission du savoir-être et du vivre ensemble autour des valeurs républicaines. Elle est aussi appauvrie par la baisse des moyens donnés chaque année au secteur associatif. Pour exemple en 2012, une association incontournable de l’Education populaire citée plus haut, a été contrainte de cesser ses activités faute de moyens financiers.

Ces 2 systèmes d’éducation sont complémentaires et constituent ce que d’aucuns appellent l’éducation globale. Si ces 2 écoles s’appauvrissent, la démocratie vacille.

C’est ainsi que de nombreuses actions d’éducation au vivre ensemble disparaissent et lorsqu’une telle société décide de les réduire, la citoyenneté s’affaiblit faute d’être sensibilisée aux valeurs républicaines.
Lorsque la citoyenneté vacille l’électeur, « citoyen affaibli », « non éclairé » se laisse porter par les paroles des extrêmes.

Tout comme l’Education nationale, l’Education populaire que nous pouvons aussi décrire comme l’éducation citoyenne devrait constamment être au cœur de toute politique publique, un outil incontournable de tout processus éducatif. En faire l’impasse, c’est courir le risque de créer des sociétés soumises aux violences les plus condamnables.

Armand Hoareau
Etang Salé


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