Di sak na pou di

Démocratie : le déni permanent

Témoignages.re / 12 avril 2012

La France est dotée de 128 Présidents "politiques". Les 101 Présidents de Conseil Général, les 26 Présidents de Conseil Régional…et le Président de la République. Tous ce beau monde se targue à longueur de mandature, de pouvoir décider seul de ce qui ressort de la compétence…de son assemblée. Et le pire, c’est que la plupart des citoyens gobent ce déni permanent de démocratie.

Récemment, dans notre île, le Président de la Région s’est autorisé à décider seul de la participation du budget régional aux mesures pour lutter contre la "vie chère". Faisant fi, ainsi, de la commission permanente et de l’assemblée qui l’a élu. Même scénario pour la Présidente du Conseil Général, qui est une habituée : rappelez vous ses déclarations rassurantes pour les ex-salariés de l’ARAST mais qui n’ont été suivies que de peu d’effet.
Ces "grands chefs" se permettent d’agir en ignorant leurs assemblées, quitte à être désavoués par elles et en profiter pour jouer les Ponce Pilate en affirmant : "Vous voyez pauvres gens, moi je vous défends, mais les élus ne suivent pas !" Quel culot : plus c’est gros plus ça passe. Le summum est atteint au niveau national quand on examine les projets des candidats. Il faut avoir un certain aplomb pour annoncer des mesures dont on sait pertinemment qu’elles dépendent de votes du Parlement.
A ce que je sache, rien ne permet d’affirmer que la future Assemblée Nationale, qui a le dernier mot, dans notre actuelle Constitution, ne sera composée que de "godillots" à la botte du nouveau Président. Bien sûr, le Président, aura beau jeu de pointer du doigt le refus d’une Assemblée hostile et de s’en laver les mains…

Par ailleurs, les moyens de ne pas respecter la représentation nationale ne manquent pas. Petit florilège. Ne jamais publier les décrets d’application prévus dans une loi : c’est une pratique très courante, d’autant plus intéressante qu’elle permet un effet d’annonce…suivie d’aucun effet. Un exemple concret ? Un article de la loi de simplification et d’amélioration de la qualité du droit, adoptée le 14 avril 2011, impose au service d’eau potable, qu’il soit public ou en délégation, d’alerter ses abonnés lorsqu’une consommation anormale d’eau est observée. Chouette ! Hélas, le décret d’application n’est jamais paru. Tant pis pour les fuites et tant mieux pour les marchands d’eau. Il existe bien d’autres moyens de détourner la démocratie : faire voter des textes et ne pas les appliquer (taux de rémunération du livret A, revalorisation du SMIC, des pensions,…), le plus extravagant ayant été le vote, sous la pression de Dominique De Villepin du CPE, sa promulgation par le Président Chirac et le lendemain, la déclaration publique du même Président demandant à ne pas appliquer cette loi !

Il faut aussi dénoncer les décentralisations qui permettent d’alléger le budget de l’Etat en obérant ceux des collectivités locales en contradiction totale avec les lois votées. Le Président pourra aussi exciper des directives européennes pour s’exonérer de ses promesses ou encore dénoncer la "crise" ou les "financiers". Bref, la démocratie est plus virtuelle que réelle. Il devient urgent et nécessaire d’exiger de tout candidat qu’il distingue ce qui est réellement en son pouvoir de ce qui dépend de votes des représentants des électeurs ou d’autres paramètres. Ceci dit, chaque citoyen adulte peut faire la part des choses et voter plutôt pour un candidat "honnête" - un gros mot en politique – qui ne s’engage que sur ce qu’il est certain de pouvoir réaliser. Le reste restant au stade des bonnes intentions subordonnées au bon vouloir des élus. Il faut être clair !

Charles Durand,
Le Brûlé – Saint-Denis


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