Di sak na pou di

Des droits qui s’effritent

Témoignages.re / 16 mars 2011

Le combat des femmes pour conquérir leurs droits est loin d’être terminé, car ce qu’on pouvait croire acquis après de longues luttes peut être remis en cause en un instant par un gouvernement peu soucieux du bien-être de ses concitoyens et concitoyennes en l’occurrence.
Contraception et interruption volontaire de grossesse ont été 2 grandes avancées des années 70 et la loi Veil de 1975 restera une grande date dans l’histoire des femmes.
Une responsable du planning familial était interviewée sur France-Inter à l’occasion du 8 mars. Elle dénonçait la fermeture de 110 centres où l’IVG était pratiquée. Elle insistait sur les difficultés rencontrées trop souvent par les femmes qui désiraient recourir à un avortement, c’est un véritable parcours du combattant pour avoir l’intervention dans les délais légaux. Cet acte médical ne bénéficie que de 3 heures d’enseignement pour les futurs médecins, il est donc peu enseigné, peu considéré et mal rémunéré ; pour exemple, une intervention de même niveau est rétribuée le double pour le praticien, ce qui explique la diminution du nombre de médecins réalisant une IVG.
Un point positif quand même, en France, les docteurs pratiquant un avortement sont protégés, les lobbys "pro-life, laissez-les vivre" n’ont plus le droit de perturber le travail médical en s’enchainant dans les couloirs des hôpitaux comme cela pouvait se produire il y a quelque temps.
Aux USA, hélas, il existe un État qui réclame une loi instituant la peine de mort pour tout médecin qui effectuerait un avortement. Bien entendu, cette terrible menace empêche que les femmes puissent recourir à une interruption de grossesse dans des conditions médicales optimales.
Les "pro-life" sévissent sur Internet et leurs sites comportent de fausses informations sur l’IVG, l’ignorance restant une arme pour tous les réactionnaires.

Enfin, l’éducation sexuelle n’est toujours pas enseignée en classe comme il le faudrait pour que les jeunes des deux sexes soient vraiment informés sur le fonctionnement de leurs corps, leurs désirs, la contraception, la grossesse... Il est évident que l’IVG devrait rester le dernier recours pour interrompre une grossesse, l’information sur tous les moyens de contraception devrait être privilégiée.
Les intervenants du débat télévisé diffusé sur Réunion 1ère, dans le cadre du 8 mars, insistaient également sur le déficit d’information sexuelle en classe, ici à La Réunion. Le sexe reste encore un sujet tabou et il est navrant qu’en 2011, des jeunes filles aient recours à l’avortement pour éviter d’être enceintes. Il serait temps que l’Éducation nationale se saisisse de ce problème de société qui révèle une carence éducative.
Les grossesses précoces sont toujours importantes dans l’île, 600, et même si le désir d’enfant de ces jeunes filles parait évident à certains, se retrouver à la fois maman et enfant semble difficile à vivre psychologiquement et socialement parlant.
Pour en finir sur ces droits "peau de chagrin", j’ai appris que l’amiosynthèse destinée à dépister le risque de trisomie pour le bébé quand la femme enceinte est trentenaire ne serait plus obligatoire, mais laissée à l’appréciation du médecin. Quel recul et pour quelles raisons ?
Les jeunes filles, les jeunes femmes qui n’ont pas vécu les années de militantisme féminin pour avoir le droit de disposer librement de son corps et de réguler ses maternités devront prendre le relais pour sauvegarder ce qui a été chèrement arraché par leurs aînées.

Marie-Hélène Berne


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