Di sak na pou di

Des histoires de feux et autres méfaits

Témoignages.re / 16 novembre 2011

Depuis quelques jours, les forêts des Hauts de l’Ouest, déjà fort mal en point, sont la proie des flammes. Un incendie criminel, qui serait, dit-on, l’acte de plusieurs pyromanes. C’est vite dit ! Cet évènement qui se révèle être un désastre local sans précédent me rappelle certains faits que je tiens à révéler dans la mesure où ils pourraient faire découvrir de nouvelles pistes et mettre fin à des exactions qui pourraient en peu d’années transformer cette île en un rocher désertique. J’ai vécu quelque temps dans le Var, une région souvent ravagée par des incendies spectaculaires des résineux. Certains habitants accusaient les promoteurs, des affairistes peu scrupuleux. Difficile à croire. A voir les paysages accidentés, avides, exposés au mistral, et d’autant plus que les auteurs pourraient être vite repérés. D’après les bergers, les feux seraient dus aux bouteilles laissées ça et là (qui, en été, deviendraient des loupes), et surtout aux branches sèches des résineux. Ces branches auparavant (à l’époque de l’interdiction des pâtures dans les sous-bois) étaient cassées par les moutons. Dans ce cas, le responsable, c’est l’État. A La Réunion, dans le passé, on a connu des cas qui seraient dus à la sévérité de certains agents qui verbalisaient au moindre manquement, des inhumains. Je me souviens de cet agent, un parent de mon beau-père, qui sévissait toutes les fois qu’un habitant faisait un fagot ou coupait quelques branches pour la construction d’une petite cuisine ou d’une clôture pour ses canards. Un jour, la forêt de Mafate disparut dans les flammes. Ainsi, des habitants, très misérables, sont parfois voués à la vindicte. En 1952, alors que je promenais dans la forêt de Belouve en compagnie d’un garde forestier, j’avais découvert au bord d’un sentier une croix avec cette plaque : « ci-gît, mon époux lâchement assassiné ». Cela s’était passé à l’époque où le préfet avait interdit la pâture en forêt : une coutume ancestrale pratiquée par les éleveurs des Hauts. Ces habitants, comme les « scieurs de long », des bûcherons, vivaient en symbiose avec la forêt. Ils la respectaient et l’aimaient. C’était avant l’existence du téléphérique. Ils ne rentraient chez eux que le samedi soir pour se ravitailler et repartaient tôt le lendemain. Les travailleurs, éleveurs et bûcherons formaient un monde à part, coupé de la civilisation. Pour eux, il n’y avait que la forêt. Qu’elle était belle ! Je me souviens des paquets de mousse accrochés aux bouts des branches, des arbres immenses, d’un sentier très élargi qui semblait mener à un château, et surtout de la pureté de l’air qu’on sentait filtré. Aujourd’hui, il n’y a plus de « scieurs de long », ni d’éleveurs, mais il y a toujours des êtres humains, des plantes et des animaux qui ont besoin de la forêt. Alors, qui sont les criminels ? Et pourquoi la haine ? Pourquoi les interdits ? C’est certain : après cet incendie, rien ne sera plus pareil.

Lucet Marie
Bras-Panon


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