Di sak na pou di

Des prédictions

Georges Benne / 19 février 2015

« J’ai connu une jeune fille à qui un mage dit un jour « Vous vous marierez ; vous aurez un enfant ; vous le perdrez. » Une telle prédiction est un léger bagage à porter durant les premières étapes. Mais le temps a passé ; la jeune fille s’est mariée ; elle a eu récemment un enfant ; la prédiction est déjà plus lourde à porter. Si le petit vient à être malade, les paroles funestes sonneront comme des cloches aux oreilles de la mère. Peut-être s’est elle moquée autrefois du mage. Le mage sera bien vengé. »

Si j’ai repris ce texte, tel que je l’ai trouvé dans un des Propos d’Alain, c’est que la même histoire est arrivée, à peu de choses près, à une Réunionnaise qui en a été profondément éprouvée pendant une bonne partie de sa vie. Et je ne peux pas non plus ne pas vous livrer les conclusions du philosophe :

« Il arrive toutes sortes d’événements dans ce monde ; de là des rencontres qui ébranleront le plus ferme jugement. Vous riez d’une prédiction sinistre et invraisemblable ; vous rirez moins si cette prédiction s’accomplit en partie ; le plus courageux des hommes attendra la suite ; et nos craintes, comme on sait, ne nous feront pas moins souffrir que les catastrophes elles-mêmes. Il peut arriver aussi que deux prophètes, sans se connaître vous annoncent la même chose. Si cet accord, ne vous trouble pas plus que votre intelligence ne le permettra, je vous admire. Pour mon compte, j’aime mieux ne pas penser à l’avenir et ne prévoir que devant mes pieds. Non seulement je n’irai pas montrer au mage le dedans de ma main, mais bien plus, je n’essaierai pas de lire l’avenir dans la nature des choses, car je ne crois pas que notre regard porte bien loin si savants que nous puissions être. »


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