Di sak na pou di

Détournement de solidarité

Témoignages.re / 9 avril 2011

On peut, comme cet ancien sénateur, surfant sur les difficultés des autres, venir gesticuler devant le siège de la CGTR-Sud et faire des jeux de mots d’un goût douteux (1), l’essentiel est ailleurs. Que l’on se garde bien, d’ailleurs, de regarder en face.

Lors de la nationalisation de l’électricité à La Réunion, avec l’arrivée de l’EDF, en 1975, se substituant à l’EER (Energie électrique de La Réunion), un principe a été mis en place et en application : le prix de l’électricité par l’usager de La Réunion devait être aligné sur celui appliqué en France. Dans toute la France. En effet, que l’on habitait — ou que l’on habite — Marseille, Lyon, Bordeaux, Strasbourg ou Trifouillis-les-Oies là-bas en hexagone, le prix de l’électricité était — et reste — le même pour tout le monde. Il n’y avait pas de raison pour que les Réunionnais(es) paient plus cher leur électricité. C’est pareil d’ailleurs pour le gaz des villes, avec GDF, sauf qu’à La Réunion, nous ne sommes pas équipés pour. Ce sont là, soit dit en passant, les bienfaits du service public que l’on démantèle allégrement depuis quelque temps.

Le prix de revient de l’électricité étant à La Réunion supérieur au “prix national”, il a été mis en place une sorte de caisse de péréquation ou de compensation (la CSPE). Autrement dit, et pour faire simple, le différentiel entre le prix du kw/h produit à La Réunion et le prix de vente par EDF aux consommateurs réunionnais était pris en charge — et continue de l’être — par l’ensemble des consommateurs d’électricité de France. En clair, ce qui veut dire que c’est la solidarité de tous les consommateurs de France et de Navarre qui a permis, depuis 1975, et qui continue de permettre aux usagers de La Réunion de payer le kw/h moins cher qu’il coûte.

Quand on nous rebattait à l’époque les oreilles avec la « solidarité nationale », cette solidarité-là faisait partie du package.

Tant que ce n’était qu’EDF — société « nationale » à l’époque — qui ne distribuait pas des dividendes à ses actionnaires, cela allait ; c’était une mutualisation au sein de cette structure et par son intermédiaire.

Or, les choses ont changé depuis. « Le monde change. La Réunion n’a pas fini de changer ». Et en matière de production d’énergie, La Réunion a changé depuis la nationalisation.

Est arrivée à La Réunion la Sidec-Séchilienne, entreprise privée dont « l’actionnaire de référence » est un fonds de pension américain. Que l’on sache, une entreprise privée ne travaille pas à perte ; elle doit rémunérer ses actionnaires. Et, parmi ces actionnaires, les fonds de pension américains, « l’actionnaire de référence », ne font pas dans l’humanitaire ; leur mot d’ordre serait plus proche de celui de Mme Tatcher qui proclamait urbi et orbi : « give my money back ! » (Rendez-moi mon argent).

La Sidec-Séchilienne produit donc de l’électricité — les deux tiers de la consommation locale — qu’elle vend à EDF, laquelle la revend aux usagers réunionnais.

Sauf que la Séchilienne vend le kw/h plus cher à EDF que cette dernière ne le revend aux usagers réunionnais.

Et… c’est la fameuse caisse de compensation, chargée d’assurer la solidarité entre les consommateurs, qui va supporter le différentiel de coût.

Autrement dit, et pour être tout à fait clair, c’est une partie de ces fonds de compensations devant permettre de faire jouer la solidarité entre les usagers qui va servir à payer le différentiel entre le prix de l’électricité payé par les usagers réunionnais et le prix de vente de l’électricité payé par EDF à la Séchilienne.

C’est pas beau la solidarité ?… Entre les usagers de France, de Navarre et de La Réunion aux actionnaires de la Séchilienne et aux fonds de pension américains ! Certains pourraient dire qu’il y a là un détournement de la solidarité « nationale ». Mais ce serait oublier que lorsqu’on parle de « fonds de pension », il y « pension » et donc « vieux », alors… La « solidarité » aux vieux des Amériques, cela n’a pas de prix ! Faut bien les aider ces pauvres actionnaires !

N’est-ce pas là un bon sujet de réflexion pour notre ancien sénateur, surtout s’il aspire à la résurrection, plutôt que de venir gesticuler sous les fenêtres de la CGTR… (Confédération générale des travailleurs de La Réunion), même si elle lui donne de la grattelle ?
Mais ne dit-on pas qu’« à l’impossible nul n’est tenu » ?

Georges-Marie Lépinay

(1) En voulant débaptiser la CGTR pour l’appeler « GCTR : Grand casseur de travailleurs réunionnais ». Çà a dû bouillir très chaud du côté du volcan pour enfanter pareille formule ! On n’aura pas le mauvais goût de lui rappeler le titre de « sénateur cercueil » dont il avait, à l’époque, été affublé par ses propres amis… d’ici qu’il veuille ressusciter d’ici quelques mois ! On ne sait jamais, ceci pouvant expliquer cela.
Pas plus qu’on ne dira mot de l’égérie qui l’accompagnait. En créole, on dirait plutôt « pétroleuse ». Précisant tout de même qu’elle carbure, par son compagnon, au… super 1,53 et plus si affinité. La pôvrette !


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