Di sak na pou di

Détruire le pont de la Rivière de l’Est : une nécessite de salut public, un bienfait thérapeutique pour la population

Jean-François Reverzy / 3 octobre 2017

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Nul ne saurait denier mon engagement pour le patrimoine et sa sauvegarde. Depuis l’âge de vingt ans j’ai consacré, mon temps, mon énergie et mon économie à sauver successivement deux domaines en péril, le premier, le château de Naves dans le bourbonnais, le second, le domaine de Clermont à La Réunion. Une autre partie de mes activités, s’est aussi attelée à la sauvegarde du patrimoine immatériel, poétique et littéraire tant en France qu‘à La Réunion et dans l’Océan indien.

Mais je suis aussi et d’abord psychanalyste, psychiatre d’enfants et de famille. Tout au long de ma carrière hospitalière, j’ai consacré beaucoup de mes recherches au Suicide et j’ai engagé des actions concrètes pour sa prévention. J’ai fondé entre autres, avec d’autre partenaires, deux associations œuvrant dans ce sens, LA VIE DEVANT SOI à Nevers pour l’accueil des adolescents, et à La Réunion SOS SOLITUDE toujours active.

Exerçant dans l’Est, je vois surgir comme un sombre leitmotiv la figure du pont de la Rivière de l’Est. Il a envahi l’inconscient collectif. Que de couples, jeunes ou vieux, créoles ou zoreys lors de disputes, hommes ou femmes énoncent cette menace « – Je vais au Pont. ». L’image du Pont s’impose aussi vite à l’esprit de tous les désespérés. Combien n’en sont pas revenus ? Combien de familles enfants et petits enfants sont écrasées par l’ombre de ce Pont Maudit ou leur parent a mis fin à ces jours.

Plus que le pont de l’Entre-Deux ou le pont Vin Sanh, cet édifice a une valeur symbolique redoutable. Malgré mon attachement pour le patrimoine, j’affirme ici que sa destruction est une nécessité de salut public pour la population réunionnaise et une œuvre préventive et thérapeutique collective qui aura une valeur exemplaire.

Avant de venir à La Réunion en 1985, j’ai eu la chance d’habiter un hôtel particulier à la porte du parc des buttes Chaumont à Paris. Ce parc reproduit en quelque sorte en miniature le paysage de La Réunion : un Piton au centre de cet espace escarpé est couronné par un temple. On y accède par un pont qui surplombe le lac en contrebas. Louis Aragon, dans sa période surréaliste, écrivit un roman Le Paysan de Paris ou quelques pages sont consacrées au parc cet à ce pont qui était qualifié, de cette époque le Pont des suicides. Les pouvoirs publics ont réagi : le pont a été emmailloté d’une tonnelle de grillage hermétique. Cette solution pourrait être adoptée pour le Pont Vin Sanh et celui de l’Entre-Deux : un grillage de plusieurs mètres de haut fermant la voie piétonne et ses abords. Tant pis pour l’esthétique.. ! encore que ce travail peut être réalisé avec imagination et avec art.

Quant au pont de la Rivière de l’Est : il doit être détruit : ce pourrait être lors d’une grande cérémonie associant les autorités civiles et religieuses. On aménagerait ensuite avec les débris de l’édifice un jardin du souvenir ou chaque année pour la Toussaint serait organisée une rencontre oecuménique : c’est dans la mémoire des morts et de leur célébration que réside aussi le véritable patrimoine réunionnais…

Dr J.F. Reverzy