Di sak na pou di

Deuil, indignation et sursaut citoyen

Témoignages.re / 26 septembre 2014

Aujourd’hui, nos pensées vont vers la famille de M. Hervé GOURDEL et nous portons tous le deuil de notre compatriote, victime d’un acte de barbarie sans nom qui soulève au plus haut point notre légitime indignation collective.

Dans le même temps, face à cette nouvelle forme de barbarie terroriste, qui prétend justifier ses crimes par un fondamentalisme religieux entièrement dévoyé, et qui, en autres attentats contre la dignité humaine, utilise la décapitation d’otages comme arme médiatique d’intimidation, il apparait nécessaire d’approfondir notre réflexion sur la nature de ce phénomène, sur la défense et la promotion des droits humains et sur notre responsabilité citoyenne dans sa dimension internationale. La Ligue des Droits de l’Homme croit utile de marquer dès à présent les quelques points de repère suivants.

1. Il nous apparait indispensable tout d’abord de combattre sur notre sol toute tentation d’islamophobie. La décapitation abominable de notre compatriote nous le démontre une nouvelle fois s’il en était besoin : les terroristes qui s’en sont rendus coupables n’ont rien à voir avec l’Islam et ne font que pervertir et instrumentaliser cette confession religieuse d’une manière particulièrement odieuse.

Aussi bien, est-il important que les autorités religieuses, tout autant que les fidèles de diverses confessions, dans les Eglises, les Mosquées, les Synagogues ou autres temples religieux, s’emploient davantage à prévenir toute dérive chez les jeunes croyants, en les éclairant autant que possible sur toute éventuelle perversion ou instrumentalisation de leur foi. Cette responsabilité éducative partagée doit être assumée avec constance et fermeté.

2. Par ailleurs, dans les circonstances actuelles qui peuvent durer, il appartient aux autorités républicaines de prendre toutes mesures utiles pour assurer la sûreté de tous, cette sécurité étant pour chacun d’entre nous qui doit y contribuer, constitutive d’un besoin et d’un droit fondamental.

Pour autant, les sociétés démocratiques ne sauraient sans se renier user de méthodes attentatoires aux libertés et qui feraient de tous les citoyens des présumés terroristes. Notre lucidité démocratique devra y veiller avec vigilance.

3. Enfin, s’il est bien évident que nos sociétés démocratiques doivent faire face à ces nouvelles formes de terrorisme telles qu’elles se présentent, sans pouvoir "refaire l’histoire", elles ne sauraient s’exonérer d’en rechercher les causes, ni ignorer le terreau dans lequel elles prétendent s’enraciner.

Ce nouveau terrorisme prétend en effet trouver sa source dans les désordres du monde sous l’influence des puissances dominantes, dans les inégalités entre les nations, les communautés ethniques ou religieuses, et dans les humiliations ressenties par les peuples.

Or si de tels désordres et injustices ont rempli une large part de l’histoire humaine, elles prennent une dimension nouvelle dans un monde ouvert, globalisé et doté de moyens d’une communication unifiée.

Cela souligne du même coup la responsabilité des sociétés civiles, des communautés de "citoyens du monde" qui, notamment à travers les ONG, peuvent exercer une influence positive, organiser des solidarités utiles, éclairer les opinions et contribuer ainsi au progrès de la justice et des droits humains.

Cette action citoyenne, nationale et internationale, dans un monde en rapide mutation, a un rôle important à jouer dont nous devons prendre davantage conscience pour en accroitre l’efficacité.

Isnelle GOULJAR
Présidente
La Ligue des Droits de l’Homme à la Réunion


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