Di sak na pou di

Didier Robert aux commandes d’Air Austral : pour quoi faire ?

Témoignages.re / 6 janvier 2012

Didier Robert est un boulimique du pouvoir. Sa volonté hégémonique n’est plus à démontrer. Qu’il veuille s’imposer comme seul leader de la droite, cela peut se comprendre. Et encore !

Qu’il veuille être le seul interlocuteur et le seul décideur de toute la politique réunionnaise, c’est dangereux. Pourquoi veut-il s’occuper du SDIS qui relève de l’État et du Conseil général ? Ou pourquoi veut-il jeter de l’huile sur le feu dans le dossier de l’ARAST ? Ce sont toujours à l’évidence des préoccupations politiciennes qui motivent son action.

Le monde économique semble avoir une confiance toute relative dans ses capacités. Les demandes d’intervention du monde économique s’adressent plus souvent à d’autres politiques, car ils ne se font pas d’illusion sur l’actuel président de Région.

Mais cela n’est pas le plus grave. On a quelques exemples des résultats de sa politique. La SR21, qu’il a décidé de garder, ne sait plus quelles sont ses missions. On l’a bien vu le 14 décembre dernier, lorsque Didier Robert a signé une convention-cadre avec le Club Export Réunion.

Selon le site de la Région, ce partenariat vise « à promouvoir l’ouverture de La Réunion économique à l’international », le Club Export s’engageant « à mettre en place des actions d’accompagnement des entreprises, d’information et de promotion des dispositifs de soutien ainsi que des actions de coopération régionale ». Dont acte. Pourquoi la SR21 n’était-elle pas présente ? N’est-ce pas elle qui envisage de s’installer en Allemagne et en Zambie ? Pourquoi la Région a-t-elle évincé la SR21 ? Et que l’on ne dise pas : c’est qu’elle n’a pas les moyens. Car en septembre dernier, la Région votait une enveloppe de 2,4 millions d’euros pour le programme d’actions 2011 de la SR21. Celui-ci s’articule, selon le communiqué de la Région, « d’une part, autour d’une restructuration de ses missions (conformément aux recommandations de la Chambre régionale des Comptes) et, d’autre part, autour de nouvelles missions telles que l’ouverture de deux bureaux de représentation économique en Allemagne et dans la zone océan Indien ou encore le développement de sa stratégie de veille et de prospective économique ».

Voilà donc comment Didier Robert envisage le fonctionnement de la SR21 : une structure à qui l’on verse de l’argent, mais qui n’apparaît pas lorsqu’il s’agit de mettre en place des actions.

Même s’il subventionne la SR21, Didier Robert ne pourra empêcher l’affaiblissement lent de la structure ; si elle ne fonctionne pas, n’apparaît pas clairement sur la scène économique, elle va s’étioler et s’éteindre. Voilà donc un outil dont la performance au plan économique était reconnue et qui va, grâce à Didier Robert, n’être plus qu’une coquille vide.

On pourrait aussi citer l’exemple de l’IRT. Là aussi, la Région verse des subventions explosant tous les plafonds. Triplement du budget en 2011 et explosion des effectifs. La reprise de la fréquentation ne peut justifier de telles libéralités.

On pourrait aussi parler de l’ARER. Jusque-là, l’ARER avait su être une force de propositions, d’innovation, elle avait assuré la promotion de l’île, auprès des professionnels du monde entier. Des contacts avaient été noués avec d’autres îles ou pays, pour trouver des solutions à une problématique partagée : la fourniture d’énergie propre à des îles fortement dépendantes de l’extérieur. Aujourd’hui, que devient l’ARER ? Quelles sont ces missions ? Mais il est vrai que les énergies renouvelables ne sont pas dans les priorités de Didier Robert.

On ne peut pas non plus oublier ce qu’il est advenu des difficultés qu’ont connues des structures comme la SEMADER, reprises par les amis politiques de Didier Robert, après les Municipales de 2002. Ces outils étaient performants. L’absence de projet des amis de Didier Robert, ainsi que la mise en place de proches à leur tête, tout cela a mené aux résultats que l’on connaît aujourd’hui. Sans parler du scandale des marchés truqués comme de la CIVIS.

Ce palmarès ne rend pas euphorique. Si Didier Robert arrivait à prendre les commandes du Conseil de surveillance Air Austral et de la SEMATRA, on peut être inquiets. Les deux Airbus A380 devraient arriver à La Réunion en 2014 et 2015, pour une desserte régulière de la France ; mais Didier Robert n’y est pour rien. L’idée et la concrétisation du projet sont antérieures à son arrivée à la Région. Au vu de son attitude politicienne, Didier Robert maintiendra-t-il ce projet ou va-t-il le détricoter ?

Mais surtout, Didier Robert va-t-il faire avec Air Austral ce qu’il a commis avec l’IRT ou la SR21, à savoir l’embauche massive de personnes, dont les profils professionnels ne sont pas avérés et sur des postes dont les contours sont très flous ? Va-t-il se mêler de la gestion de l’entreprise aérienne et remettre en cause les pouvoirs du directoire présidé par Gérard Ethève ? Avec Didier Robert, le danger est grand que la politique politicienne soit introduite à Air Austral.
Air Austral va-t-elle venir allonger la longue liste des structures mises à mal par des apprentis politiciens, confondant intérêt personnel et intérêt général ?

Espérons que l’esprit de responsabilité finisse par prévaloir.

Kora-Ly Payet


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